Des fleurs de chanvre pour tordre le cou au mildiou

2 avril 2025
par Laetitia Theunis
Temps de lecture : 4 minutes

Développer la filière du chanvre textile ‘fibres longues’ en Wallonie. C’est le leitmotiv de Valbiom, le centre wallon de référence de l’économie biosourcée, depuis 2019. Les fibres longues se retrouvent spécifiquement dans les tiges des plants de chanvre et représentent une réelle promesse pour la création d’un tissu naturel. Leurs sommités fleuries constituent, au contraire, des rebuts. Dans le cadre du projet ExtraHempWal, soutenu par le Plan de Relance de la Wallonie, Valbiom a exploré leur valorisation potentielle et étudié les molécules actives qu’elles contiennent.

Des machines adaptées, issues de la recherche

Créer une filière pour produire des textiles en chanvre n’est pas une tâche facile. Pendant de nombreuses années, la culture du chanvre a été prohibée dans notre région, entraînant une perte du savoir-faire artisanal lié à sa transformation. Aujourd’hui, les entreprises spécialisées dans le textile sont donc rares en Wallonie et souvent technologiquement mal équipées pour travailler le chanvre. Le défi est considérable.

Des recherches sont menées depuis plusieurs années sur cette thématique au sein de Valbiom. Des prototypes de machines agricoles spécialisées pour la récolte du chanvre en champs, qui se déroule aux environs de la période de floraison, ont été développés ces dernières années. Outre le prélèvement des tiges, celles-ci seraient capables de séparer et d’isoler la sommité fleurie et donc de la valoriser.

Sus au mildiou

En 2022, deux types d’essais agricoles ont été menés en Wallonie. A Bousval et à Wiers, cinq variétés de chanvre à longues fibres ont été cultivées sur de petites parcelles de 10m2. Au même moment, à Villers-le-Bouillet, une superficie de 2,8 hectares était ensemencée par deux variétés : Uso 31, appréciée pour sa précocité de floraison, et celle qui cristallise tous les espoirs : Bialobrzeskie. Cette variété polonaise a été sélectionnée pour ses qualités textiles et présente, de prime abord, le plus d’attrait en termes de covalorisation.

Les analyses menées sur les extraits de fleurs récoltées en 2022 révèlent un intéressant pouvoir antifongique. Notamment sur Phytophthora infestans, mieux connu du grand public sous le nom de mildiou de la pomme de terre ou de la tomate. « Il s’agit d’un pathogène fongique très destructeur qui peut se propager rapidement via des spores transportées par le vent ou l’eau, ce qui peut entraîner des pertes importantes pour les agriculteurs », note Valbiom.

Une interaction de 7 jours suffit aux extraits de sommités fleuries pour inhiber la croissance de cet oomycète (ou pseudo-champignon) à toutes les concentrations testées, même à la plus basse (0,1 g/l). A noter que « l’augmentation de l’inhibition peut être corrélée à l’augmentation de la concentration en extrait. Néanmoins, il n’y a pas de différence significative entre l’inhibition à 5 g/l et 25 g/l pour les extraits issus de Bialobrzeskie et Uso 31. Il n’est donc pas utile de dépasser la dose de 5 g/l pour ces deux extraits. »

Substances antifongiques

« Une comparaison entre les variétés d’extraits de chanvre a permis de mettre en évidence que les performances de l’extrait issu de la variété Bialobrzeskie sont les plus régulières sur les différents pathogènes testés. Cela pourrait s’expliquer par le fait que cette variété produirait des matières actives antifongiques éventuellement plus concentrées, plus efficientes ou différentes des autres variétés testées. En comparant les compositions des 4 extraits testés, il s’avère que l’extrait issu de la variété Bialobrzeskie est plus riche en CBD, ou cannabidiol, (12,8%). »

« L’étape suivante, afin d’avancer sur les propriétés potentiellement prometteuses des extraits de chanvre contre le mildiou, est de faire des tests en phytotron (installation de recherche qui, à la différence d’une serre, se présente sous la forme d’une pièce aveugle, dont tous les paramètres environnementaux – humidité, température, éclairement – sont contrôlés, NDLR), par exemple sur des plants de tomates malades », conclut Valbiom.

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