Reconstitution du visage de l'Homme de Néandertal © IRSNB

Les Néandertaliens belges prennent un coup de vieux

par Daily Science
Durée de lecture : 3 min

Les restes de Néandertaliens belges, dont les célèbres squelettes de Spy, sont des milliers d’années plus vieux qu’on ne le pensait. C’est la conclusion d’une équipe de recherche internationale qui a refait la datation de leurs restes à l’aide d’une nouvelle technique. Cette découverte sous-entend que ces cousins d’Homo Sapiens auraient disparu de notre pays beaucoup plus tôt que ce que l’on supposait. Et qu’ils ne sont plus les plus récents Néandertaliens d’Europe.

Les échantillons en cause

Les robustes Néandertaliens dominaient l’Europe et l’Asie il y a plus de 50 000 ans, avant d’être remplacés par l’Homme moderne. De nombreuses découvertes issues du bassin mosan en Wallonie témoignent de leur présence dans nos régions. Les Néandertaliens de Spy, qui sont conservés à l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB), étaient jusqu’à présent, du haut de leurs 37.000 ans, considérés comme les plus jeunes d’Europe.

Cependant une nouvelle étude menée par l’Université d’Oxford, à laquelle a participé l’IRSNB, vient de démontrer que les Néandertaliens belges auraient en réalité disparu de la région il y a entre 44.200 et 40.600 ans, bien plus tôt donc que ce que suggéraient les estimations précédentes. Cette erreur de datation serait due à une contamination des échantillons.

Maxillaire et mandibule d’un Néandertalien de la grotte de Spy © Patrick-Semal / IRSNB

Une contamination de taille

Une équipe multidisciplinaire d’archéologues, de géologues, de généticiens et d’anthropologues a procédé à de nouvelles datations des fossiles de la grotte de Spy et de deux autres sites belges : Fonds-de-Forêt (dont un fémur néandertalien conservé à l’IRSNB) et Engis. La méthode utilisée consiste à extraire un seul acide aminé : l’hydroxyproline. Ce procédé limite le risque de contamination par d’autres matières comme la colle. Les résultats montrent une erreur de datation de près de 10.000 ans dans certains cas.

L’équipe a ainsi découvert que l’omoplate d’un Néandertalien de Spy (conservée à ULiège), anormalement récente d’après la précédente estimation (à peu près 28.000 ans), était contaminée par de l’ADN de bovidés. On suppose donc que l’os avait été consolidé à l’aide d’une colle préparée à partir d’os de bovin.

« Les nouvelles méthodes de chimie que nous avons appliquées dans cette étude constituent le seul moyen de décontaminer ces ossements néandertaliens clés pour la datation au radiocarbone et de vérifier que les contaminations ont été entièrement éliminées. Cela nous donne un haut degré de confiance dans les nouvelles datations obtenues pour ces spécimens importants », explique Thibaut Devièse, chercheur au sein de l’ « Oxford Radiocarbon Accelerator Unit ».

La spectrométrie de masse à accélérateur est une forme de spectrométrie de masse qui accélère les ions à des énergies cinétiques extraordinairement élevées avant l’analyse de masse © Oxford University

Transition culturelle

« La datation est cruciale en archéologie », insiste Tom Higham de l’université d’Oxford, qui dirige le projet de recherche ERC PaleoChron. « Sans un contexte chronologique fiable, nous ne pouvons pas construire de scénarios valables quant aux relations entre les Néandertaliens en déclin et les Homo sapiens qui sont entrés en Europe il y a 45.000 ans. Ces nouvelles méthodes sont d’une grande importance pour étudier cette transition. »

L’équipe de chercheurs analyse actuellement d’autres pièces archéologiques, comme des outils en os, afin d’affiner davantage notre compréhension de la transition culturelle entre les Néandertaliens et les Hommes anatomiquement modernes.

Les Néandertaliens de Spy ne sont plus les plus récents en Europe, mais inévitablement, les jeunes fossiles de Néandertaliens de Gibraltar, de Catalogne et du sud-ouest de la France seront également (re)datés à l’aide de cette nouvelle technique.

 

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