Cactus Saguaro, typiques de l'Arizona

Jean-Luc Brédas, catalyseur de collaborations entre Belgique et États-Unis

par Camille Stassart
Durée de lecture : 5 min

Série (1/5) :  Quand les scientifiques belges font carrière au bout du monde 

Lauréat, en 1997, du prix Francqui, et auteur de plus d’un millier de publications scientifiques, Jean-Luc Brédas exerce une influence certaine dans son domaine de recherche : la chimie des matériaux organiques.

Actuellement professeur et chercheur à l’Université d’Arizona, sa carrière internationale a favorisé les échanges entre scientifiques belges et américains, avec lesquels il travaille depuis plus de 20 ans.

Pr Jean-Luc Brédas

Une carrière belge couronnée du prix Francqui

Après avoir rapidement gravi les échelons de la recherche belge, c’est l’envie de relever de nouveaux défis qui incite le Pr Brédas à s’envoler pour l’Amérique en 1999.

Sa carrière de chercheur FNRS débute à l’Université de Namur, où il travaille durant 20 ans. Durant cette période, il réalise presque chaque année des séjours de recherche en Europe, aux Etats-Unis ou au Japon. Ce qui l’amène à collaborer avec de nombreux scientifiques autour du globe. Jean-Luc Brédas obtient rapidement un poste permanent au FNRS, et est promu Maître de Recherche à 33 ans. L’année suivante, il rejoint l’Université de Mons, où il fonde le laboratoire de Chimie des Matériaux Nouveaux.

Fin des années 90, le Pr Brédas envisage de s’expatrier pour les États-Unis. « Les choses commençaient à devenir un peu trop confortable dans ma vie de chercheur. Après avoir reçu le prix Francqui, j’ai ressenti le besoin de m’investir dans un nouveau projet. Quand je suis allé trouver le recteur à l’UMons pour lui annoncer mon départ, il n’était d’ailleurs pas surpris », se rappelle Jean-Luc Brédas.

Échanges de chercheurs entre Mons, Tucson et Atlanta

C’est sous le soleil de Tucson que le scientifique décide de s’installer avec sa famille. A l’Université d’Arizona, il mène durant quatre ans des activités de recherche et d’enseignement.

« Les autorités de l’UMons ont bien pris mon départ et m’ont directement proposé un poste de professeur ‘extraordinaire’, ce qui m’a permis de maintenir des liens étroits avec l’université belge. J’ai d’ailleurs mis sur pied un système d’échanges entre l’UMons et l’Université d’Arizona, en coopération avec le FNRS », indique le chercheur.

Cet accord d’échanges se poursuit quand le Pr Brédas est engagé au Georgia Institute of Technology, à Atlanta. Il y reste de 2003 à 2019.

« Cela fait donc vingt ans que des chercheurs montois réalisent des séjours dans ces deux institutions étasuniennes, et que des chercheurs américains se rendent à l’UMons. Cela a multiplié les collaborations dans de nombreux projets de recherche. Tout le monde y a gagné », assure le chimiste.

Université d’Arizona

Années sabbatiques au Moyen-Orient

Selon lui, la mobilité internationale est, non seulement utile à la recherche, mais indispensable pour un scientifique. « La science et le progrès ne doivent en aucun cas s’arrêter aux frontières. »

Le chercheur n’hésite d’ailleurs pas à mettre en pause son contrat à Georgia Tech quand on lui propose un poste de professeur en Arabie Saoudite, à la King Abdullah University of Science and Technology.

« J’y suis restée deux ans et demi. Ce séjour m’a donné l’opportunité de découvrir une autre culture, mais aussi de soutenir la philosophie de l’université. Cette institution, fondée par le Roi Abdullah, est mixte et ouverte aux étrangers de toute confession. Une idée très progressiste pour ce pays. Et je pense que c’est en défendant ce type d’initiative que les choses pourront évoluer là-bas », estime le scientifique.

Université des sciences et technologies du roi Abdallah, en Arabie Saoudite © Jean-Luc Brédas

Un ami dans chaque pays

En 2017, le Pr Brédas réintègre Georgia Tech et y travaille encore trois ans avant de retourner à l’Université d’Arizona.

« Cette mobilité peut paraître étonnante, vue de Belgique. Il est pourtant très courant aux États-Unis qu’au cours de sa carrière, un professeur quitte une université pour une autre. Dans ce cas-là, l’équipe et les financements le suivent. Ainsi, tout mon groupe de recherche est passé d’Atlanta à Tucson dans le courant du mois de janvier. Il existe une dynamique de transferts. Le renouvellement des groupes de recherche se fait de manière continue », témoigne le chercheur.

Depuis le 1er juillet, Jean-Luc Brédas se trouve à la tête du département de chimie et de biochimie de l’Université d’Arizona, où il poursuit ses recherches avec son équipe.

« Passer d’une université à l’autre, d’un pays à l’autre, m’a permis de construire un vaste réseau de collaborateurs, qui couvre aujourd’hui de nombreux pays. Grâce à ce réseau, j’ai eu de belles opportunités dans le monde de la recherche. Et j’ai aussi pu aider d’autres scientifiques dans leur carrière. Personnellement, ces expériences à l’étranger ont été humainement enrichissantes. Je peux aujourd’hui compter sur des amis partout dans le monde », sourit le chercheur.

La Tech Tower, bâtiment administratif principal de Georgia Tech © Jean-Luc Brédas
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