En Ukraine, la guerre modifie le comportement de la faune sauvage, la peste frappait déjà les chasseurs-cueilleurs il y a 5.500 ans, certains papillons tropicaux vivent quasi un an, un immense cimetière de baleines découvert à 7.000 mètres de profondeur dans l’océan Indien…
À la rédaction de Daily Science, nous repérons régulièrement des informations susceptibles d’intéresser (ou de surprendre) nos lecteurs et lectrices. Avec, à la demande de notre lectorat, un regard souvent plus international.
En Ukraine, la guerre modifie le comportement de la faune sauvage
Les conflits armés bouleversent les populations humaines, mais leurs conséquences s’étendent aussi aux animaux. Une étude menée dans la zone d’exclusion de Tchernobyl montre que les mammifères ont rapidement adapté leurs habitudes face aux combats.
Des chercheurs ukrainiens ont exploité un réseau de pièges photographiques installés avant l’invasion russe dans la zone d’exclusion de Tchernobyl. Les images enregistrées en 2022 ont été comparées à celles de la même période en 2021, avant le début du conflit.
Les résultats de cette étude révèlent des changements de comportement immédiats chez plusieurs espèces de mammifères. Les animaux se montrent globalement moins actifs, notamment durant la nuit, période pourtant privilégiée par de nombreuses espèces sauvages.
Selon les chercheurs, les explosions, les déplacements de troupes, les tirs et les activités humaines inhabituelles ont profondément modifié les conditions de vie de la faune. Les animaux semblent avoir adapté leurs horaires de déplacement afin de limiter leur exposition aux perturbations provoquées par les combats. Cette étude est assez exceptionnelle, car il est extrêmement difficile de mener des recherches scientifiques dans une zone de guerre. Les pièges photographiques, installés avant le conflit, ont fourni un témoignage unique sur les réactions immédiates de la faune face aux hostilités.
La peste frappait déjà les chasseurs-cueilleurs il y a 5.500 ans
Souvent associée aux grandes épidémies médiévales qui ont décimé l’Europe, la peste sévissait pourtant déjà il y a environ 5.500 ans chez des chasseurs-cueilleurs installés autour du lac Baïkal, en Sibérie. Il s’agit de la plus ancienne preuve connue d’épidémies de peste.
Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont analysé l’ADN de 42 individus exhumés dans quatre cimetières préhistoriques. Chez 18 d’entre eux, ils ont identifié la bactérie Yersinia pestis, responsable de la peste. Les analyses montrent que deux vagues d’infection se sont succédé entre 5.520 et 4.235 ans avant notre époque.
En reconstituant les liens de parenté entre les personnes enterrées, les scientifiques ont aussi constaté que plusieurs membres d’une même famille avaient été touchés, mais qu’ils étaient morts à des moments différents. Cette observation suggère que la maladie circulait durablement au sein de ces communautés et qu’elle pouvait se transmettre directement d’un individu à l’autre.
Autre constat marquant, les formes les plus sévères semblent avoir concerné des enfants âgés de 8 à 11 ans. Les chercheurs ont également découvert que cette souche ancienne diffère de toutes celles déjà connues, anciennes comme modernes. Elle serait apparue il y a plus de 5.700 ans.
Cette découverte remet en cause une idée largement admise selon laquelle la peste n’aurait pu provoquer des épidémies qu’après le développement de l’agriculture et l’augmentation de la densité de population. Même des groupes humains peu nombreux pouvaient donc être confrontés à des flambées meurtrières.
Des papillons tropicaux vivent presque une année
Une étude internationale révèle que certains papillons d’Amérique tropicale vivent jusqu’à 348 jours, une longévité exceptionnelle qui intrigue les biologistes.
Chez la plupart des papillons, la vie adulte ne dure que quelques semaines. Les espèces du genre Heliconius font pourtant figure d’exceptions. Certaines d’entre elles peuvent vivre près d’une année, soit près de trois fois plus longtemps que leurs proches cousines.
Pour comprendre cette étonnante longévité, une équipe de chercheurs de l’Université de Bristol, au Royaume-Uni, a comparé plusieurs espèces de la tribu des Heliconiini. Les scientifiques ont combiné observations dans la nature, en élevages, en laboratoires et ont suivi dans la nature des individus marqués avant leur remise en liberté .
Les résultats montrent des différences spectaculaires. Alors que Dione juno dépasse rarement deux semaines, Heliconius hewitsoni atteint jusqu’à 348 jours, ce qui en fait l’un des papillons à la vie la plus longue jamais observée. En moyenne, les espèces du genre Heliconius vivent environ six mois.
Cette remarquable espérance de vie semble liée à une particularité alimentaire. Contrairement à la majorité des papillons, ces insectes continuent de consommer du pollen à l’âge adulte. Cette ressource, riche en protéines, leur permet de préserver plus longtemps leur masse corporelle et leurs capacités musculaires, tout en ralentissant les effets du vieillissement.
Mais l’alimentation n’explique pas tout. Même lorsqu’ils sont privés de pollen, les Heliconius vivent plus longtemps que les autres espèces étudiées. Les chercheurs estiment que leur évolution a favorisé des mécanismes biologiques capables de ralentir naturellement le vieillissement.
Ces papillons pourraient désormais devenir un modèle précieux pour mieux comprendre les liens entre alimentation, évolution et longévité. Les recherches futures chercheront à identifier les mécanismes génétiques et physiologiques qui leur permettent de vivre aussi longtemps.
Un immense cimetière de baleines découvert par 7.000 mètres de profondeur
Au fond de l’océan Indien, des chercheurs chinois ont mis au jour l’un des plus extraordinaires sites paléontologiques marins jamais observés. Sur plus de 1.200 kilomètres, des centaines de squelettes de baleines témoignent d’une histoire vieille de plus de cinq millions d’années.
Dans la zone « Diamantina », au sud-est de l’océan Indien, les scientifiques ont recensé 485 sites fossilifères ainsi que cinq carcasses récentes reposant entre 4 200 et 7 000 mètres sous la surface.
Les plus anciens fossiles remontent à 5,3 millions d’années, au début du Pliocène. Ils montrent que des carcasses de cétacés se sont accumulées dans cette région pendant des millions d’années, créant un véritable refuge pour une faune spécialisée.
Lorsqu’une baleine meurt en pleine mer, son corps sombre lentement vers les grands fonds. Sa décomposition nourrit alors pendant des décennies une multitude d’organismes. Les chercheurs ont ainsi observé des communautés composées de vers qui creusent les os, d’étoiles de mer, de méduses et de mollusques vivant grâce à la chimiosynthèse. Plusieurs de ces espèces pourraient être totalement inconnues de la science.
Les fossiles appartiennent majoritairement à des baleines à bec, des cétacés plongeurs particulièrement adaptés aux grandes profondeurs. L’équipe a même identifié une espèce fossile inédite, baptisée « Pterocetus diamantinae ». Cette découverte confirme que les grands fonds marins abritent des écosystèmes beaucoup plus riches qu’on ne l’imaginait.