Pour contrer les on-dit sur notre espèce

par Raphaël Duboisdenghien
Durée de lecture : 4 min

«Ce que l’on sait sur l’homme, on doit le diffuser le plus largement pour dissiper les illusions, les simplifications, les mensonges et les erreurs», martèle Stéphane Louryan. «Et ce que l’on sait peut se résumer par quelques mots qui, certes, en horrifient plus d’un: unicité, variabilité, migrations, richesse dans la différence.»

Dans «L’Homme: origine, unicité, diversité» de la collection L’Académie en poche, le responsable du Laboratoire d’anatomie, biomécanique et organogenèse de la faculté de Médecine de l’Université libre de Bruxelles (ULB) démontre que davantage d’instruction et d’éducation détruisent les on-dit sur notre espèce. Le Pr Louryan insiste sur la nécessité d’enseigner l’histoire de l’homme et son évolution sur la longue durée. En décloisonnant les disciplines scientifiques pour ne pas séparer artificiellement les sciences dites exactes des sciences humaines.

"L'Homme: origine, unicité, diversité" par Stéphane Louryan. Collection L’Académie en poche. VP 7 euros - VN 3,99 euros.
“L’Homme: origine, unicité, diversité” par Stéphane Louryan. Collection L’Académie en poche. VP 7 euros – VN 3,99 euros.

Déjouer les intentions cachées

Conservateur du Musée d’anatomie et d’embryologie humaine Louis Deroubaix (ULB), Stéphane Louryan recommande la prudence quand on interprète des vestiges humains.

De fausses pistes ont en effet induit des chercheurs en erreur. Ainsi, celle des «mineurs néolithiques» de Strépy et d’Obourg dans le Hainaut, victimes de l’effondrement de leurs mines de silex. Leurs squelettes faisaient la fierté du Musée d’histoire naturelle de Bruxelles et illustraient les livres d’histoire de Belgique. En 1993, le géologue Jean de Heinzelin, chercheur à l’Institut royal des sciences naturelles, découvreur du fascinant bâton d’Ishango, a démontré qu’il s’agissait d’une supercherie à but lucratif.

Le membre de l’Académie royale de médecine épingle les intentions cachées de certains sites Internet. «Comme ceux des groupes créationnistes. La diffusion gratuite de l’Atlas d’Harun Yahya, pseudonyme du prédicateur turc Adnan Oktar, dans l’enseignement secondaire et supérieur européen a mis en évidence les moyens investis dans les campagnes menées par les fondamentalistes religieux contre le darwinisme et la théorie de l’évolution. Le livre va jusqu’à identifier l’athéisme et le darwinisme avec le nazisme ou le terrorisme.»

 

La notion de races

En 1960, l’anthropologue anglais Ashley Montagu écrit: «L’humanité est ainsi distribuée en 3 grands groupes raciaux, les négroïdes, les mongoloïdes et les caucasoïdes». Tout en tempérant ses propos: «Il faut toutefois se représenter clairement qu’il n’existe aucun critère permettant d’établir des distinctions absolues entre les différentes populations.»

«Le terme de race est scientifiquement inadéquat, dépourvu à la fois de sens et de valeur qui contribue à la découverte», juge le Pr Louryan. «Vouloir, comme d’aucuns aux États-Unis, réintroduire la race au sein du débat public, au prétexte de défendre les minorités opprimées, constitue une initiative dangereuse, contre-productive et dépourvue de tout fondement.»

La couleur de la peau… «Il a été récemment démontré que 11 gènes sont impliqués dans le processus de carnation cutanée. L’étude de la répartition de ces gènes a montré que les populations venues d’Afrique qui ont progressivement colonisé l’Europe, il y a environ 50.000 ans, avaient la peau sombre.»

"Le savant, le fossile et le prince" de Yves Coppens. Editions Odile Jacob. VP 24,90 euros - VN 19,99 euros.
“Le savant, le fossile et le prince” de Yves Coppens. Editions Odile Jacob. VP 24,90 euros – VN 19,99 euros.

Des rencontres insolites

Le professeur au Collège de France Yves Coppens, découvreur de fossiles humains célèbres comme Lucy, raconte 65 années de rencontres avec 55 chefs d’État et souverains dans «Le savant, le fossile et le prince» aux éditions Odile Jacob. En parsemant son livre illustré de petites gouttes de science pour décrire les fossiles cités et leur intérêt.

Le membre associé émérite de la Classe des sciences de l’Académie royale de Belgique garde vivace sa rencontre avec Ramsès II, né vers 1303 avant notre ère, qui a régné, dès ses 25 ans, pendant 67 années. En 1976, la momie du pharaon a été confiée au Musée de l’Homme pour être débarrassée de ses parasites.

«Ramsès II et moi, nous nous sommes vus souvent le soir», se rappelle le paléoanthropologue. ««C’est lui qui était débarrassé de ses bandelettes et moi qui, pour venir le saluer, mettais les miennes, stériles, pour éviter, bien sûr, de faire entrer dans sa chambre trop de pollutions du dehors. Je lui racontais l’étonnant cadeau que son pays avait fait à la France: un obélisque en granite rose de 22,86 mètres et 227 tonnes. Le sultan Méhémet Ali, vice-roi d’Égypte, voulait rendre hommage au Français Champollion, déchiffreur des hiéroglyphes. J’ai regretté le départ de Ramsès II. En 8 mois, on s’attache!»

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