Laetitia Theunis

L’épuisement parental touche aussi les enfants

Durée de lecture : 4 min

« On peut être épuisé avec 1 ou avec 5 enfants, en bonne santé ou porteurs d’un handicap, que l’on soit parent solo ou en couple. » Si l’épuisement parental est de mieux en mieux connu, il en va autrement des conséquences qu’il entraîne pour les enfants. Anne-Catherine Dubois, doctorante à l’Institut de recherche santé et société de l’UCLouvain, travaille avec des familles pour tenter d’y voir plus clair.

3 phases

En Belgique, 7% de la population serait en burn-out parental, soit 150 000 personnes par an. Parmi celles-ci, 100.000 mères et 50.000 pères, d’après les travaux des Pres Isabelle Roskam et Moïra Mikolajczak (Institut de recherche en sciences psychologiques, UCLouvain).

Anne-Catherine Dubois, infirmière pédiatrique et chercheuse en santé publique, travaille déjà avec 11 parents, seuls ou en couple, et leurs enfants, soit quatre fratries qu’elle a eu l’occasion de rencontrer et d’interroger.

Concrètement, la participation des familles se fait en trois volets : un entretien virtuel avec le ou les parents, suivi d’un atelier créatif en présentiel avec le ou les enfants de la fratrie. Et, enfin, un moment de discussion en présence de toute la famille.

Burn-out professionnel et parental

Si la doctorante souhaite étoffer son étude et rencontrer de nouvelles familles monoparentales ou non, avec des enfants âgés de 8 à 18 ans, sa recherche a déjà livré quelques enseignements.

« En cas de burn-out professionnel, on arrête de travailler. Ici, arrêter d’être parent n’est pas envisageable. C’est pourquoi certains parents épuisés ne voient comme solution qu’un arrêt de travail pour réduire le rythme effréné du quotidien. La frontière entre les deux types de burn-out est parfois très mince », souligne la doctorante.

Etre davantage énervé(e) certains jours, c’est normal. Ce n’est pas pour autant un signe de burn-out parental. Par contre, il faut commencer à s’inquiéter quand ce mal-être s’installe la majeure partie du temps. Quand, systématiquement, la réaction du parent est négative. Quand l’envie d’être parent s’est faite la malle.

L’éducation reçue par les parents est un facteur important. « Soit on ne veut pas reproduire ce qu’on a soi-même vécu et on place la barre très haut pour atteindre un idéal. Soit l’éducation reçue est un modèle que le parent vit comme ‘inatteignable’ au risque de le vivre comme un échec. »

La vie de couple trinque

La situation en couple apparaît plus difficile. Comment l’expliquer ? Sans doute par une présence continue des enfants et un équilibre dans la répartition des tâches difficile à trouver. « Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’éducation des enfants reposait presque exclusivement sur les mères. Même si la situation évolue, on n’est encore qu’au début d’un meilleur équilibre dans le partage des tâches. Par ailleurs, les pères n’osent pas toujours exprimer leurs difficultés à maintenir un équilibre personnel et familial sans s’épuiser » explique Anne-Catherine Dubois.

Et les enfants dans tout cela ?

Jusqu’à présent, dans le cas de la problématique du burn-out parental, l’attention s’est concentrée sur les acteurs principaux : les parents. Qu’en est est-il de ces éponges émotionnelles que sont les enfants ? Anne-Catherine Dubois veut leur donner la parole et des armes pour se (re)construire afin de grandir et d’évoluer sereinement.

Dans le cadre de son travail, la chercheuse développe des outils pour faire parler les parents, mais aussi les enfants.

Ce que disent parents et enfants – les uns en entretien, les autres au cours de jeux de rôle et de créations artistiques – est corrélé. « Et ce, même si cela se révèle par des voies différentes. Par exemple, certains parents semblent conscients de la prise de responsabilités qu’induit leur épuisement pour leurs enfants. Quant à ces derniers, ils expriment à leur façon qu’ils endossent parfois un rôle d’adulte pour aider leur(s) parent(s). »

Cette étude est encore en cours. Si vous vous reconnaissez dans le profil décrit dans cet article, vous pouvez, si vous le souhaitez, faire partie de ce programme en contactant Anne-Catherine Dubois (anne-catherine.dubois@uclouvain.be)

La revue scientifique « Brussels Studies » fête ses 15 ans

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Quinze ans (et quelques mois)! La revue scientifique digitale bruxelloise « Brussels Studies » fête son quinzième anniversaire. Portées sur les fonts baptismaux par le gouvernement bruxellois en décembre 2006 (et subsidié depuis par celui-ci via Innoviris, l’administration de la recherche de la Région de Bruxelles-Capitale), cette revue scientifique de territoire est naturellement centrée sur les problématiques bruxelloises.

« L’idée est de rendre plus accessibles les articles scientifiques concernant Bruxelles », expliquait à l’époque Benoît Cerexhe, qui était alors ministre en charge de la Recherche au sein du gouvernement régional. « Cette revue sera donc alimentée par de véritables articles scientifiques quelque peu simplifiés pour les rendre compréhensibles par le plus grand nombre. Ils seront accessibles en ligne gratuitement ».

Une publication qui fait la part belle à l’interdisciplinarité

Quinze ans plus tard, le résultat est à la hauteur de ses espérances. Le dernier article en date rappelle le chemin parcouru. « Un total de 169 articles ont été publiés », indique Margaux Hardy, secrétaire de rédaction de la revue depuis cinq ans. « Ils couvrent de multiples facettes de la réalité bruxelloise. La majorité des articles (50 sur 169) sont d’ailleurs de type recherche multidisciplinaire ».

Dans leur article anniversaire, Margaux Hardy et Tatiana Debroux, la rédactrice en chef de la revue, précisent: « la revue ayant comme objet un territoire urbain, il n’est pas surprenant de voir apparaître deux des disciplines dominantes des études urbaines, la géographie (25 articles) et la sociologie (21). Les sciences politiques, les sciences économiques et les disciplines de l’architecture et de l’aménagement comptabilisent chacune plus de 10 publications à ce jour. Parmi la catégorie «Autres», figurent des textes en nombre très réduit relevant des sciences de l’ingénierie, de l’histoire de l’art, de la criminologie ou des sciences de la santé. »

Une offre de lecture qui ne se limite pas au monde académique

Quelques exemples tirés d’articles récents témoignent bien de l’ouverture à 360 degrés des sujets de recherche publiés dans Brussels Studies. Pointons, par exemple, l’article de mars 2022 sur la formation des artistes amatrices de la noblesse à Bruxelles au 19e siècle, celui de novembre 2021 sur le déploiement d’une infrastructure de recharge publique pour véhicules électriques en Région de Bruxelles-Capitale ou encore celui de juin 2021 sur la fluidité des déplacements et gênes piétonnes dans les rues commerçantes de Bruxelles.

Encore une précision: l’ambition des gestionnaires de la revue est aussi de faire en sorte que les articles publiés ne s’adressent pas qu’au monde académique. Et ici aussi, le pari semble être gagné. Vu le niveau de langage accessible utilisé et la diversité des thématiques abordées, Brussels Studies est également séduisante pour des lecteurs situés en dehors du champ académique.

Un article sur trois n’est pas publié

Côté cuisine, on notera que la revue fonctionne comme n’importe quel journal scientifique à comité de lecture. Les articles soumis à la rédaction passent par divers filtres avant d’être publiés, dont celui d’une relecture par des pairs.

Ces scientifiques non impliqués dans l’article soumis, mais versés dans la ou les matières concernées, jettent un regard critique sur le texte, émettent des commentaires, suggèrent des modifications. Après adaptation par les auteurs, quand l’article est déclaré « bon pour la publication », il est finalement publié.

« En moyenne, un article sur trois est rejeté par la rédaction ou est abandonné par les auteurs », reprend Margaux Hardy.

Les scientifiques donnent leur avis

« Au fil du temps, nous avons aussi assisté à une diversification dans le type d’articles publiés. Aux articles de recherche classiques, sont venues s’ajouter des notes de synthèse. Ces textes sont des états de l’art thématiques », dit encore Margaux Hardy.

« Depuis 2021, nous avons également commencé à publier des « Position papers ». Il s’agit d’articles d’opinion argumentés publiés sur un blog complémentaire au site principal de la revue », précise-t-elle.

Ces sortes de cartes blanches donnent aux acteurs de la recherche la possibilité de s’exprimer sur de grandes problématiques bruxelloises. Et ce, en format long. Le dernier texte du genre, publié mi-avril 2022, a d’ailleurs suscité quelques remous. Il tirait à boulets rouges sur les projets de construction d’une nouvelle ligne de métro « Nord » (« Métro 3 ») dans la capitale.

« Ce projet constitue une menace grave pour les finances régionales et, partant, pour les autres politiques que la Région doit mener. Alors que le gain environnemental escompté se révèle négligeable et l’amélioration attendue de la mobilité peu satisfaisante », y annoncent d’emblée les six auteurs de ce texte, soutenus par des dizaines d’autres scientifiques.

La santé, une thématique sous-représentée

On notera encore que si l’essentiel des articles publiés par la revue sont le fait de recherches menées par des scientifiques relevant en majorité d’universités bruxelloises (Université libre de Bruxelles : 34 % ; Vrije Universiteit Brussel : 17 % ; Université Saint-Louis – Bruxelles : 13 %), certains auteurs proviennent également d’universités belges disposant d’une implantation à Bruxelles (Université Catholique de Louvain : 8 % ; Katholieke Universiteit Leuven : 5 %) mais également du secteur public (11 % des auteurs font de la recherche dans des institutions ou administrations régionales).

Un défi pour les années à venir? Sans doute publier davantage d’articles en lien avec la santé et les Bruxellois(es). Cette thématique est peu représentée dans Brussels Studies. Une lacune pour une ville-région dotée de trois imposants hôpitaux universitaires (Erasme, St-Luc et UZBrussel), sans parler de l’Institut Bordet.

Le papillomavirus double le risque de développer une vaginose bactérienne

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Comme la bouche, la peau ou les intestins, le vagin est colonisé par de nombreux micro-organismes qui participent à sa protection contre les agents pathogènes. Lorsque le nombre de ces bactéries alliées d’une bonne santé subissent un déclin, l’équilibre microbien est rompu. Et la vaginose bactérienne s’installe. Cette infection, qui atteint 15 à 30% des femmes à travers le monde, est suspectée depuis 20 ans de favoriser les infections par le virus du papillome humain (VPH), les plus répandues des infections sexuellement transmissibles. En revanche, l’influence du VPH sur le développement de la vaginose reste peu comprise.

Pendant 5 ans, des chercheurs du laboratoire de pathologie expérimentale de l’unité de recherche GIGA Cancer (ULiège) ont étudié l’impact de ce virus sur le microbiote vaginal, afin de mieux comprendre leur relation causale.

Le cercle vicieux de la double infection

Le sujet a, jusqu’à présent, de par le monde, fait l’objet de peu de recherches, faute d’études assez longues et réunissant suffisamment de patientes. « La grande majorité des recherches menées sur le VPH sont des études transversales, c’est-à-dire réalisées dans une population donnée (le plus souvent quelques centaines de personnes), à un moment déterminé », explique le Pr Michael Herfs, chercheur qualifié FNRS et coordinateur de l’étude.

« Si on sait depuis 15 ans que le VPH et la vaginose peuvent affecter ensemble une même patiente, on ne suivait pas leur évolution dans le temps. Aussi, quand les patientes étaient positives aux deux infections, on ne savait pas si la vaginose avait favorisé l’acquisition du virus, ou si c’était l’inverse. »

Pour le déterminer, l’équipe de scientifiques a réalisé une étude rétrospective pendant 8 ans sur 6.085 femmes, incluant des patientes positives à la vaginose, au VPH, ou aux deux, ainsi qu’un groupe témoin, négatif aux deux infections.

Par ce suivi, les chercheurs ont fait plusieurs découvertes notables. Alors que dans 80-90% des cas, le papillomavirus régresse endéans les deux ans, l’étude a démontré qu’une infection persistante (plus de 24 mois) favorisait le déséquilibre de la flore vaginale, doublant le risque de développer une vaginose bactérienne. « De plus, en cas de double infection (VPH et vaginose), nous avons noté que la persistance de l’une était augmentée par l’autre ». Il s’agit donc d’un cercle vicieux.

Les lactobacilles, victimes collatérales du virus

De façon plus surprenante, les scientifiques ont découvert que la vaginose est une conséquence indirecte des stratégies mobilisées par le virus pour échapper au système immunitaire.

« Comme tous les virus, le VPH vise à infecter les cellules de l’hôte, afin de s’y répliquer. C’est d’ailleurs cette réplication qui amène les cellules infectées à muter, ce qui conduit à l’apparition de lésions pré-cancéreuses et de cancers », précise le Pr Herfs. Notons néanmoins que seule une infection à long terme, et uniquement par certains types de papillomavirus, peut causer un cancer du col de l’utérus, de la bouche, de la gorge, ou encore de l’anus.

Pour pouvoir infecter l’organisme de façon persistante, le virus doit d’abord se soustraire au système immunitaire. Certaines protéines virales vont se lier aux protéines des cellules-hôtes, puis les dégrader. En faisant cela, le virus réduit l’inflammation, et plus particulièrement la sécrétion de peptides (des molécules constituées d’acides aminés) et de protéines antiviraux et antibactériens de la muqueuse.

« Ce que nous ignorions jusqu’alors est que les lactobacilles, les bactéries constituant 95% du microbiote vaginal, utilisent ces peptides comme sources d’acides aminés, assurant de cette façon leur croissance et leur survie », informe le chercheur. « En limitant la sécrétion de ces peptides, le virus empêche les lactobacilles d’avoir accès à cette ressource. En conséquence, le taux de lactobacilles décroît fortement, tandis qu’en parallèle, celui des autres bactéries passe à 30, 40, voire 50%. On aboutit alors à un déséquilibre microbien, qui conduit à la vaginose.»

Des récidives chez une patiente sur deux

La cause de la vaginose demeure inconnue. « Les facteurs menant à un déséquilibre de la flore sont multiples et non-spécifiques (se laver avec du savon, le tabac, avoir plusieurs partenaires…). Et notre étude montre que les infections persistantes au VPH représentent encore un autre facteur de risque. »

« On peut, néanmoins, espérer que sa prévalence s’amenuisera au fil des années avec l’augmentation de personnes vaccinées contre le papillomavirus».

Du côté des traitements, cette étude pourrait ouvrir la voie à de nouvelles méthodes, plus efficaces. « Pour l’heure, la vaginose bactérienne est traitée, faute de mieux, par des antibiotiques à large spectre. Mais ils ne fonctionnent que dans 50% des cas. Sur base de nos résultats, nous pourrions envisager d’utiliser les peptides sécrétés par la muqueuse de l’hôte comme prébiotiques », conclut Michael Herfs.

Quand l’intérêt des entreprises du spatial supplante celui de la science

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Depuis quelques années, le spatial s’ouvre à de nouveaux acteurs qui bousculent les usages que l’on fait de l’espace. Autrefois dominé par les grandes agences comme la NASA (Etats-Unis) ou Roscomos (Russie), de plus en plus d’entreprises privées investissent aujourd’hui dans le secteur. Au point que l’on parle aujourd’hui d’un nouvel âge spatial : le « New Space ». Lors de la conférence « L’espace, le nouveau Far West ? », organisée par le réseau interuniversitaire sciences.be, plusieurs intervenants sont revenus sur ce phénomène et les menaces qu’il fait peser sur la recherche spatiale.

Des satellites par milliers

« Avec l’arrivée de ces entrepreneurs privés, nous sommes passés à un environnement de marché qui vise une recherche de rentabilité, au travers de nouvelles activités », résume Sophie Van Eck, chercheuse qualifiée FNRS et professeure à l’Institut d’Astronomie et d’Astrophysique de l’ULB.

Citons, par exemple, la société Blue Origin de Jeff Bezos (actuel patron d’Amazon) qui mise, entre autres, sur le développement du tourisme spatiale. De son côté, l’entreprise SpaceX d’Elon Musk entend offrir un service Internet à haut débit pour toute la planète via un réseau de milliers de satellites. C’est le projet Starlink. En vue de concurrencer ce projet, l’Europe envisage de lancer sa propre flotte de satellites de communication.

Pour Roland Lehoucq, astrophysicien au centre de recherches et d’innovation Paris-Saclay, l’utilisation de l’espace avec une visée commerciale existe déjà depuis un certain temps : « Les premiers satellites de télécommunication sont apparus dès les années 60, et les systèmes de positionnement par satellite (comme le GPS) sont commercialisés depuis plusieurs années. Ce qui change véritablement aujourd’hui, c’est l’échelle, par la possibilité de construire à bas coût. »

La méga-flotte déployée depuis mai 2019 par SpaceX comportera ainsi 12.000 satellites d’ici 2025. A terme, l’ambition est d’en envoyer 30.000 de plus. « Il faut réaliser que, depuis Spoutnik (1957), l’humanité n’a envoyé “que” 8.000 satellites », rappelle Roland Lehoucq.

Quand la pollution touche aussi l’espace

Ces « constellations » de satellites posent problème pour plusieurs raisons.

La pollution visuelle qu’elles engendrent limite, voire empêche, les observations par des télescopes installés au sol. En 2020, l’Observatoire européen austral (ESO) a publié une étude analysant l’impact de 18 constellations de satellites. Selon les chercheurs, les conséquences sur les grands télescopes, comme le Very Large Telescope (VLT), seraient modérées, même si l’effet sur les longues expositions ne serait pas négligeable. En revanche, les télescopes à champ large, utilisés pour scanner de vastes portions du ciel, seraient quant à eux très impactés.

La seconde crainte des scientifiques est la collision de ces satellites avec d’autres objets orbitaux. « Au cours des trois dernières années, ce risque a doublé par rapport à ce qu’il était lors des dix années précédentes. Des simulations établissent qu’avec 60.000 satellites en orbite basse autour de la Terre, il y aura 40 collisions de satellites par an », informe Sophie Van Eck.

Le problème de ces collisions est qu’elles génèrent des millions de débris qui risquent d’entrer en collision avec d’autres débris ou des instruments fonctionnels. Une réaction en chaîne que l’on appelle le « Syndrome de Kessler » théorisé en 1978. « Certaines orbites deviendraient alors impraticables. Ce qui signifierait un réel retour en arrière technologique », souligne encore la Pre Van Eck.

« On estime qu’il y a aujourd’hui plus de 35.000 débris de plus de 10 centimètres en orbite autour de la Terre, et un nombre bien plus considérable de plus petite taille », indique Roland Lehoucq.

Un droit de l’espace à dépoussiérer

Pour autant, des solutions pour réguler le marché du New Space existent. Selon Jean-François Mayence, collaborateur à l’ULiège et conseiller dans le domaine des activités spatiales à Belspo, l’espace ne représente pas un nouveau Far West : « Celui-ci est régi par des règles, et le cadre légal actuel reste pertinent pour répondre aux défis qu’amène le New Space. Dire que les Etats sont démunis face aux acteurs privés est faux.»

On retrouve ainsi, dans le Traité de l’espace ratifié par l’ONU en 1967, le principe selon lequel la recherche scientifique dans l’espace (y compris la Lune et les autres corps célestes) est libre, et que cette liberté doit être facilitée et encouragée par les Etats. « Un second principe énonce que les Etats doivent s’abstenir de créer des situations d’interférences, c’est-à-dire qu’une activité empêcherait une autre activité tout aussi légitime d’être réalisée de manière efficace.»

Le problème ? Les Etats utilisent très peu ces principes. Des tensions persistent entre la défense des intérêts commerciaux et l’intérêt commun. L’établissement de nouvelles règles apparaît nécessaire. « A l’avenir, un arbitrage devra être réalisé entre les activités commerciales, gouvernementales et scientifiques dans l’espace. La régulation du trafic orbital est d’ailleurs actuellement discutée à l’ONU. »

En Europe, le projet Spaceways, auquel participe la Belgique, vise à fournir d’ici juin 2022 des lignes directrices et recommandations à la Commission européenne sur la gestion du trafic spatial. Les partenaires réaliseront une évaluation juridique, politique et économique menant à des recommandations finales pour sa mise en œuvre. Des conclusions qui sont d’ores et déjà très attendues, tant par les entrepreneurs privés que par les scientifiques.

Après Londres, Bruxelles est la deuxième ville française hors de France

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En 1970, Bruxelles comptait presque autant de Français que de ressortissants des autres pays limitrophes de la Belgique. Aujourd’hui, les Français de Bruxelles sont 2,5 fois plus nombreux que les immigrés issus des pays limitrophes, constatent les chercheurs Charlotte Casier et Jean-Michel Decroly, de l’Institut de Gestion de l’Environnement et d’Aménagement du Territoire (IGEAT) à l’ULB.

La croissance de la population bruxelloise issues des pays limitrophes est restée modeste de 1990 à 2016 (+ 10.400 habitants). Cette hausse a été suivie par une légère diminution (– 2100 personnes), en lien avec le Brexit qui a entraîné un recul assez marqué du nombre de Britanniques (– 2500 personnes entre 2016 et 2021).

Une présence multipliée par trois en 50 ans

Par contre, entre 1970 et 2021, le nombre de ressortissants de nationalité française établis dans la Région de Bruxelles-Capitale a été multiplié par quasi trois, en passant de 23.000 à 67.000, soit un gain de 44.000 personnes.

Une comparaison avec d’autres métropoles internationales révèle rapidement le caractère très singulier de la présence française à Bruxelles. Seule Londres (84.000 Français) compte plus de ressortissants français que Bruxelles et cette dernière en accueille bien davantage que Montréal (38.000), Genève (33.000) ou encore New York (16.000) et Rome (4000).

Par ailleurs, à Bruxelles, la proportion des Français dans la population totale (5,3 %) est nettement plus élevée que dans les autres métropoles étudiées, où cette proportion ne dépasse pas 1 %, sauf à Montréal (2 %) et à Genève (6,6 %). « Le cas de la ville lémanique est toutefois très particulier, car l’implantation française y est ancienne et combine une logique de proximité de la frontière et une logique d’attractivité à plus longue distance, tant pour les étudiants que pour des personnes hautement qualifiées susceptibles d’occuper des postes dans les institutions internationales implantées sur place », écrivent les chercheurs.

Intégration dans le système des migrations extra-départementales

Quelles sont les raisons qui expliquent l’attrait de la Région de Bruxelles-Capitale pour les ressortissants français? Une série de facteurs sont à prendre en compte, selon les deux auteurs.

La ville jouit d’une bonne accessibilité depuis la France, renforcée depuis 1996 suite à l’ouverture de la ligne ferroviaire Thalys entre Paris et Amsterdam via Bruxelles. La langue dominante y est le français et l’accès aux études supérieures y est plus facile qu’en France. Les prix sur les marchés acquisitif et locatif du logement y sont moins chers qu’à Paris et comparables à ceux de Lyon. Le régime fiscal y est plus favorable pour les ménages à haut revenu. Enfin, Bruxelles se distingue par l’importance de son offre culturelle, ainsi que la diversité et la vivacité de sa vie artistique.

« Malgré la présence d’une frontière internationale, Bruxelles aurait progressivement été intégrée dans le système français des migrations internes extra-départementales », indiquent Charlotte Casier et Jean-Michel Decroly.

10.000 étudiants français à Bruxelles

En ce qui concerne les études supérieures, les établissements bruxellois accueillent environ 10.000 étudiants français. Cette situation résulte d’une forte augmentation des inscriptions françaises entre 2004 et 2014, ce qui correspond partiellement à la période de forte croissance des effectifs français en Région de Bruxelles-Capitale.

Certaines filières sont particulièrement concernées par cette présence, telles que les écoles supérieures des arts, où les étudiants de l’Hexagone représentent 45 % des effectifs, ainsi que dans le domaine de la santé.

A titre de comparaison, les chercheurs estiment à 2000 le nombre d’étudiants issus des autres pays limitrophes poursuivant leur cursus supérieur à Bruxelles. Les chercheurs indiquent encore qu’en 2015-2016, les Français représentaient 13 % des étudiants de l’ULB contre 3 % des autres pays limitrophes, principalement du Luxembourg. À la VUB, seule université néerlandophone de la capitale, les ressortissants des Pays-Bas représentaient à peine 3 % des effectifs de 2019-2020.

« En résumé, il est vraisemblable que pour des jeunes adultes français souhaitant obtenir un diplôme de l’enseignement supérieur ou un emploi qualifié, sans devoir débourser de montants trop importants pour se loger et tout en bénéficiant des biens et services d’une métropole, Bruxelles fait désormais partie du champ des destinations possibles, au même titre que Paris ou des métropoles régionales comme Lyon, Marseille, Lille, Nantes ou Bordeaux », indiquent les scientifiques de l’ULB.

La lutte contre le VIH gagne du terrain

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L’apport des antirétroviraux au traitement des patients infectés par le virus VIH-1 a été considérable. Cependant, un problème majeur demeure : malgré une multithérapie antirétrovirale prolongée et très efficace, des cellules infectées par des virus latents persistent chez les patients et constituent de véritables réservoirs de virus. En effet, le virus qui sommeille dans ces cellules est invisible aux défenses antimicrobiennes de la personne infectée. Une étude, notamment menée par l’ULB, contribue à une meilleure compréhension de la latence du virus VIH-1. De quoi espérer le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques

Le virus attend son heure

La production virale peut être réactivée dans ces cellules réservoirs par de nombreux stimuli cellulaires, comme une infection tout à fait banale. Ces cellules constituent une source permanente de reprise de la production virale en cas d’arrêt du traitement. En d’autres mots, même indétectable, le virus est là, prêt à se réactiver si le patient arrête son traitement.

Étant donné la très longue durée de vie de certains de ces réservoirs, on estime que leur éradication totale nécessiterait plus de 60 ans. En conséquence, un des plus grands défis de la recherche actuelle contre le SIDA consiste à éliminer les réservoirs cellulaires.

Une des stratégies explorées consiste à administrer des molécules qui réactivent l’expression des virus latents, tout en maintenant le patient sous traitement anti-VIH. Les cellules réservoirs qui expriment le virus pourraient ainsi être reconnues comme infectées et détruites par le système immunitaire de l’individu infecté.

Inhiber pour réactiver

Le Service de Virologie Moléculaire de la Faculté des Sciences de l’Université libre de Bruxelles (ULB) dirigé par Pre Carine Van Lint, directrice de recherches FNRS, étudie depuis de nombreuses années les mécanismes moléculaires qui régulent l’expression des gènes du VIH-1. « Comprendre les mécanismes à l’origine de la latence du virus permet de tester des molécules agissant sur ces différents mécanismes afin de forcer le virus à quitter cet état latent. »

« Un des mécanismes de persistance du VIH-1 est la méthylation de l’ADN, une modification chimique de l’ADN qui verrouille l’expression des gènes viraux, de manière stable mais réversible. Or, si la méthylation des gènes viraux était connue, y compris chez les personnes infectées, la façon dont la méthylation de l’ADN se mettait en place sur les gènes du VIH-1 n’était pas entièrement comprise. »

Dans ce contexte, les recherches menées par Pre Van Lint, en collaboration avec des laboratoires français, ont permis de mettre en évidence que la protéine cellulaire UHRF1 est impliquée dans le maintien de latence du VIH-1, notamment en amenant sur le génome viral la machinerie de méthylation de l’ADN. En effet, l’inhibition du facteur UHRF1 (par manipulation moléculaire ou pharmacologique) induit la réactivation des réservoirs viraux, qui peuvent alors être détectés et éliminés par le système immunitaire.

Un pas important vers une nouvelle thérapie

Cette découverte a permis aux chercheurs de l’ULB de proposer une nouvelle stratégie thérapeutique complémentaire au traitement anti-sida actuel.

En effet, ils ont démontré que des molécules anti-UHRF1, utilisées en thérapies anti-cancéreuses, permettent de « réveiller » le virus silencieux et forcent le virus latent à sortir de ses réservoirs.

En particulier, les chercheurs ont démontré que le composé polyphénolique majeur du thé vert, l’EGCG (Epigallocatechin-3-gallate), un inhibiteur connu d’UHRF1, agit également comme inhibiteur de la latence du VIH-1. L’EGCG, qui peut être administré en toute sécurité à l’Homme, réactive l’expression virale ex vivo dans des cultures de cellules réservoirs isolées à partir du sang de patients séropositifs sous multithérapie (chez qui le virus est indétectable dans le sang depuis au moins un an).

Ces expériences ont été répétées ex vivo sur des cellules de 22 patients belges (du Service des Maladies Infectieuses du Dr Stéphane De Wit à l’hôpital universitaire Saint-Pierre) et démontrent pour la première fois l’effet réactivateur de l’EGCG sur les réservoirs du VIH-1, en plus de son action antivirale qui limite la propagation de l’infection. Des résultats encourageants pour le développement de thérapies anti-VIH innovantes.

La communication olfactive des animaux et des végétaux menacée par le changement climatique

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Qu’ils soient terrestres ou aquatiques, des eaux douces ou salées, animaux et végétaux parlent avec des odeurs. Cette communication chimique joue un rôle essentiel dans les écosystèmes, permettant aux organismes de s’accoupler, d’interagir les uns avec les autres, de localiser les prédateurs, de la nourriture et des habitats. « Or, l’augmentation de la température et de la teneur en CO2 dans l’air et dans l’eau, ainsi que la hausse de l’acidité des eaux prévues d’ici la fin du siècle impacteront toutes les étapes de la communication olfactive. C’est-à-dire la production et l’émission d’odeur par l’animal ou le végétal, la transmission de celle-ci dans l’air ou dans l’eau, et enfin sa perception et son interprétation par un autre organisme », explique François Verheggen, professeur de zoologie à Gembloux Agro-Bio Tech (ULiège).

Les différentes étapes de la communication olfactive sont impactées par le changement climatique © Roggatz C. et al.

Inhibition du comportement de fuite

Lorsqu’il est mâchouillé par une coccinelle, le puceron émet une phéromone d’alarme pour signaler l’attaque à ses congénères. Dès que ceux-ci détectent cette odeur, ils prennent leurs pattes à leur thorax et fuient la plante dont ils étaient en train de déguster la sève. Ceci, c’est le scénario actuel, par 420 ppm de CO2 dans l’atmosphère.

Au laboratoire, l’équipe du Pr François Verhegen a testé un scénario probable du futur. Pour ce faire, des pucerons ont été placés sous 800 ppm de CO2, c’est-à-dire dans les conditions atmosphériques que notre planète devrait connaître d’ici la fin de ce siècle selon les prévisions du GIEC.

« On a constaté que les pucerons du pois produisaient alors 12% de moins de leur phéromone d’alarme que sous la concentration de CO2 témoin. Et que cela entraînait la libération de 35% de phéromones en moins en cas d’attaque par un prédateur. Si la capacité des pucerons à percevoir la phéromone d’alarme, quant à elle, n’était pas affectée par le CO2, le comportement de fuite des pucerons qui y étaient exposés était toutefois inhibé. Cela a été démontré pour différentes espèces de pucerons. »

Larve de coccinelle dévorant un puceron

Milieux aquatiques impactés

« En doublant la quantité de CO2, les pucerons produisent moins de phéromones et, en plus, ils y réagissent moins bien. Autrement dit, dans un cas hypothétique où ils recevraient une quantité normale de phéromones, ils sentiraient l’alarme, mais ne fuiraient pas, tomberaient moins de la plante, courraient moins dans tous les sens. Cette perturbation de la communication chimique par les odeurs a aussi été observée par des collègues travaillant sur des écosystèmes d’eau douce et d’eau salée », précise Pr Verhegen.

Le changement climatique et la modification de la chimie de l’eau à l’échelle mondiale entraînent des menaces d’acidification qui peuvent perturber l’échange d’informations chimiques entre les organismes d’eau douce et marins.« En eaux salées, des collègues ont démontré que le message envoyé est souvent composé de plusieurs molécules. Lorsque le pH est modifié, alors que certaines de ces molécules sont favorisées, d’autres sont défavorisées. C’est-à-dire que le message global change. En effet, un cocktail d’odeurs, c’est comme une phrase composée de plusieurs mots. Si certains mots sont modifiés, le sens de la phrase, le signal global, en est modifié. Avec comme conséquences que la communication est brouillée. »

Les poissons utilisent des signaux chimiques pour la communication tant entre individus d’une même espèce qu’avec les autres espèces, notamment pour éviter les prédateurs. Une diminution de pH réduit le comportement anti-prédateur des poissons juvéniles et diminue leur niveau d’anxiété envers les prédateurs potentiels.

Moins bonne communication entre coccinelles

Risque-t-on dès lors assister, à la fin de ce siècle, à une envolée des prédations et à un déclin des populations de proies ? Dans l’état actuel des connaissances, c’est difficile à dire. Par exemple, « en parallèle de l’inhibition du comportement de fuite des pucerons dans un milieu enrichi en CO2, peut-être vont-ils trouver plus facilement une plante hôte, car davantage d’odeurs seront émises par celle-ci ou qu’elle portera plus loin. C’est à étudier ! », explique l’entomologiste.

Par ailleurs, les coccinelles se séduisent et s’accouplent à l’aide d’odeurs. S’il a été montré que les larves de coccinelles, grandes prédatrices de pucerons, produisent deux fois plus d’informations olfactives sous 25°C que sous 15°C, les changements soudains de température environnementale accélèrent toutefois la désintégration des phéromones. Et réduisent leur détectabilité par les insectes en raison de l’activation perturbée des récepteurs olfactifs. Ces perturbations de la communication chimique peuvent dès lors entraîner une réduction de la capacité des individus à se localiser à distance et à identifier des partenaires potentiels. Et par là, une diminution de l’abondance de ces prédatrices de pucerons.

« Avec le changement climatique, les interactions olfactives entre animaux, entre végétaux et entre animaux et végétaux vont être modifiées. Et ce, tant chez les espèces hébergées sur terre que sous l’eau. Mais davantage de recherche est nécessaire pour comprendre la complexité des interactions olfactives et appréhender les conséquences de cette altération globale de la communication», conclut Pr François Verheggen. Notamment sur les services écosystémiques fondamentaux qui rendent notre planète habitable et la sécurité alimentaire. En effet, la pollinisation assurée par des insectes garantit près de 75 % de l’alimentation de l’humanité…

En saturant de sucre les protéines Spike, des chercheurs contrecarrent la virulence du Sars-CoV-2

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Une découverte réalisée à l’UCLouvain par l’équipe du Pr David Alsteens, pourrait bien apporter une nouvelle arme dans l’arsenal de lutte contre le Covid-19. En tentant de mieux cerner les mécanismes moléculaires à l’œuvre lors des interactions entre le coronavirus et les cellules qu’il infecte, le chercheur qualifié FNRS à l’Institut des sciences et technologies biomoléculaires a découvert un moyen d’enrayer la spirale infectieuse. Il s’agit d’agir sur les résidus de sucres présents à la surface de nos cellules pour « gaver » le virus, et ainsi de l’empêcher de s’accrocher aux cellules.

« La surface de nos cellules ne se compose pas seulement d’une membrane et de récepteurs moléculaires », explique le Pr Alsteens. « Pour interagir avec leur environnement, les récepteurs et les lipides qui forment la membrane sont en contact avec de multiples molécules, dont des résidus de nombreux sucres. Ces derniers assurent des fonctions importantes pour la cellule, dont sa propre reconnaissance ou les interactions avec les autres cellules. Mais aussi avec les virus. Ces sucres sont, en quelque sorte, les premiers crochets à la surface de la cellule ».

Grâce à des techniques de microscopie à force atomique, le chercheur et son équipe avaient déjà mis en lumière une stratégie du virus pour s’accrocher à nos cellules. Cela passait par la multiplication de point d’accroche entre le virus et une cellule, un peu à la manière d’une attache velcro.

Un acide sialique à la saveur irrésistible

En utilisant le même type d’outils, les scientifiques ont pu identifier les différentes saveurs de ces attaches velcro et identifier les goûts du virus pour certaines d’entre elles. La protéine Spike du virus affectionne notamment un variant des sucres de surface appelé acide sialique.

Les protéines Spike sont des sortes de crochets qui permettent au virus de s’accrocher à la cellule et in fine d’y entrer. Plus le virus trouve de points d’attache avec une cellule, meilleure sera l’interaction avec celle-ci et plus grand est le risque de voir l’infection se produire. « D’où l’importance de trouver comment le virus parvient à démultiplier les clés d’entrée », dit-on à l’UCLouvain.

Toujours grâce à la microscopie à force atomique, les chercheurs ont pu montrer qu’un sucre spécifique (de type 9-0-acétylé), interagissait de manière prépondérante avec la protéine Spike du virus.

Les chercheurs ont alors tenté de saturer la protéine Spike de ce sucre et ainsi de l’empêcher de s’accrocher aux cellules. Et cela fonctionne. En empêchant le virus de se lier aux cellules, on l’empêche aussi de l’infecter. Il ne s’attache ni assez fort ni suffisamment longtemps à sa cible pour trouver une porte d’entrée et infecter la cellule.

Un nouvel antiviral en perspective

Dans un second temps, l’équipe a tenté de berner le virus pour l’empêcher de s’accrocher à sa cellule hôte. En bloquant les points d’accroche de la protéine Spike et donc en supprimant toute interaction avec la surface cellulaire, ils espéraient limiter l’infection. Une hypothèse qui a également pu être validée.

Les scientifiques ont démontré que des structures multivalentes (ou glycoclusters) présentant de multiples acides sialiques 9-O-acétylés à leur surface étaient capables de bloquer aussi bien la liaison que l’infection par le SARS-CoV-2.

« Dans le cadre de la pandémie de Covid-19, les différents vaccins se sont attaqués principalement aux mutations du SARS-CoV-2, mais pas au virus dans son ensemble. Cette découverte a l’avantage d’agir sur le virus, indépendamment des mutations », pointe-t-on encore à l’UCLouvain.

Cette nouvelle arme contre l’infection par le Sars-CoV-2 doit à présent être testée sur des souris. Si les résultats s’avèrent concluants, des tests cliniques sur des êtres humains pourraient ensuite être lancés. Avec, au final, l’élaboration d’un nouvel antiviral administrable sous forme d’aérosol.

Des pistes pour affronter de nouvelles pandémies

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"Covid et savoir officiel", par François-Xavier Heynen. Editions Academia. VP 14 euros, VN 0,99 euros
“Covid et savoir officiel”, par François-Xavier Heynen. Editions Academia. VP 14 euros, VN 0,99 euros

Captivé par l’apparition de la pandémie et de ses questions sur le rôle des sciences dans la société, François-Xavier Heynen publie «Covid et savoir officiel» aux éditions Academia.

Le docteur en philosophie des sciences avait rêvé d’une agora mondiale qui construirait la réponse de l’humanité au virus envahisseur. Qu’est devenu cet espoir? «Rien, ou si peu», dit François-Xavier Heynen. «Nous avons eu droit à son opposé. Une société atomisée et confinée, vivant sous la crainte des chiffres de certains experts. Et des mesures des gouvernements souvent libérés de leur contrôle parlementaire.»

«Nous avons assisté à un déferlement d’avis en tout genre de scientifiques, d’intellectuels plus ou moins bien inspirés et de citoyens ordinaires. La presse traditionnelle a relayé les propos des premiers et les réseaux sociaux ont pris le tout. Sur les plateaux de télévision, dès février 2020, malgré l’ignorance générale, des discours ont été tenus par des spécialistes. Inévitablement, des expertises totalement contradictoires ont surgi. Elles ont généré une anxiété qui est venue s’ajouter à la peur de la maladie elle-même.»

Accepter le savoir officiel

L’animateur d’ateliers philosophiques examine comment les avis des scientifiques et les mesures des gouvernements construisent un savoir particulier qu’il qualifie de «savoir officiel». Il accepte la validité de cet alliage politico-scientifique «provisoire et imparfait». Dans le cadre limité de la pandémie.

«Ce savoir officiel est forgé pour garantir la continuité de l’État. Le gouvernement a pour ambition de transmettre à la population la solution la plus efficace possible. Et pour y parvenir, il se base notamment sur la science en vigueur.»

Des éléments ont été écartés. «Probablement de façon inconsciente par le discours scientifique dominant. Et ce, malheureusement, de façon répétée: la mort a été désacralisée, la vie a été réduite à des statistiques…»

Le faux est produit plus vite que le vrai

Plutôt que d’affirmer que les opposants à la science officielle sont des ignorants ou des antisociaux, François-Xavier Heynen propose un système explicatif qui s’ancre dans la dimension traumatique de la pandémie.

Lors de ses communications, le gouvernement représente l’État… «Mais pas l’État à lui seul. De la même façon, les experts n’incarnent pas leur discipline de façon définitive, puisque le doute est constitutif de la science. La communication de crise peut donc être perçue comme un carcan par ceux et celles qui veulent exprimer leurs désaccords, politiques ou conceptuels, et qui se retrouvent face à une machine qui ne leur laisse pas cette liberté. Ce qui, dans un régime démocratique, pose question.»

Pour le titulaire d’un master en communication, les risques liés à une réaction délétère vis-à-vis du savoir officiel imposent une gestion adaptée du «bimédia»: la presse traditionnelle et les médias sociaux. Si l’on veut générer un «élan transformateur» qui permet de se projeter en dehors de soi-même et d’adhérer à un nouveau savoir.

«Dans les réseaux sociaux, l’absence de régulateur va permettre le développement de propos invraisemblables. Le faux étant produit plus vite que le vrai, il circule aussi plus vite, telle la rumeur face à la vérité. De plus, les algorithmes contraignent les utilisateurs à se retrouver peu à peu au milieu d’une bulle dans laquelle tout le monde pense de la même façon. Les complotistes peuvent ainsi proliférer. Cette situation est devenue si problématique que certains réseaux ont installé des systèmes de censure. Ce qui a, bien entendu, renforcé l’idée qu’un complot régulait la liberté de penser et de communiquer.»

Fabriquer un récit démocratique unificateur

Selon François-Xavier Heynen, fabriquer en commun un «récit covid» sur base d’un traumatisme partagé permettrait une meilleure transmission du savoir officiel. Une adhésion plus efficace de la population à l’imposition de mesures changeant son comportement.

«En ancrant dans notre mémoire collective les sacrifices des malades, des morts et de leurs familles. Mais aussi des soignants et de tous ceux qui ont subi cette crise comme un traumatisme. Ce souvenir devrait s’inscrire dans les futurs manuels scolaires, lors de journées commémoratives… L’État pourrait également promouvoir des films qui mettraient en évidence ceux qui ont œuvré pour le bien commun.»

Le philosophe pense que «le citoyen est prêt à construire des mythes individuels, mais à portée collective. À l’image de ces concerts géants dans lesquels tant de spectateurs sont présents pour partager une aventure, à la fois solitaire et commune. L’individu se construit dans une communauté qui partage un environnement à la fois imaginaire et créateur de lien.»

La construction à partir de boues polluées, une filière d’avenir

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Chaque année, une centaine de milliers de mètres cube de matières est extraite des cours d’eau wallons. Pour l’heure, seuls les sédiments non-pollués sont recyclés. Ce qui ne représente que 45% des matières draguées. Développer des filières de valorisation pour la matière contaminée était l’objectif du projet VALSE, soutenu par le programme Interreg France-Wallonie-Vlaanderen. Une étude qui a, notamment, abouti à la construction d’une piste cyclable à base de sédiments pollués. Le premier ouvrage du genre en Wallonie.

Volume des sédiments dragués des voies d’eau wallonnes entre 2001 et 2020 © SPW

Béton, ciment et butte paysagère à l’étude

Les reliefs peu marqués de notre territoire, couplés aux précipitations fréquentes, ont pour effet d’acheminer de grandes quantités de terre dans les fleuves, canaux et rivières. L’accumulation de ces dépôts entrave non seulement le passage des embarcations, mais augmente aussi le risque d’inondation. D’où l’intérêt des opérations de dragage.

« Une fois extraits, ces sédiments ont un statut légal de déchets. Ils sont classés en deux catégories : A (non ou très peu pollués) ou B (pollués), selon leurs teneurs en métaux et micro-polluants organiques », indique Laurence Haouche, Directrice des laboratoires d’analyse à l’Institut Scientifique de Service Public (ISSeP), et coordinatrice du projet VALSE (Validation de filières transfrontalières de valorisation de matières telles que les sédiments et terres excavées).

Si toutes les matières de la catégorie A sont réutilisées par la suite – notamment pour l’aménagement ou la réhabilitation de centres d’enfouissement technique, ou comme remblayage dans le cadre de travaux de réhabilitation de sites pollués –, les terres excavées et sédiments classés B sont majoritairement détruits.

Dans le cadre du projet VALSE, des partenaires belges et français ont étudié trois voies de valorisation potentielle : la production de béton, la production de ciment, et la réalisation de buttes paysagères.

Béton expérimental © Wallonie Infrastructures

Du fluor emprisonné dans le béton

La valorisation de sédiments contaminés (principalement en fluor) en béton s’est déroulée en plusieurs étapes. « Le Centre de recherche Terre et Pierre a préparé les sédiments afin de pouvoir les incorporer dans une formulation de béton. L’École des mines de Douai (France) et l’SSeP ont, ensuite, développé en laboratoire une formulation où une partie du sable a été remplacée par ce sédiment », explique la Dre Laurence Haouche.

Cette formulation a été testée à grande échelle sur le site de la direction des Recherches hydrauliques du SPW, à Chatelet (Hainaut), par la construction d’une piste cyclable pédagogique dédiée à la sécurité routière.

« Une partie de cette piste a été construite avec un béton sans sédiment, afin de pouvoir comparer les deux types de béton d’un point de vue mécanique et environnemental. Cela fait un an que la piste a été réalisée, et nous avons pu constater que la portion incluant des sédiments vieillit correctement. Nous ne voyons aucune différence avec la zone-témoin. Côté environnement, les analyses n’ont pas mis en évidence de rejets de fluor.»

Des rendements comparables au ciment classique

La filière de valorisation cimentaire n’a pas conduit à la réalisation d’ouvrage. Mais les résultats des tests menés en laboratoire par l’Institut flamand de recherche technologique (VITO) sont très encourageants : « Les rendements sont comparables, si pas meilleurs, au ciment classique, et un cimentier a déjà montré son intérêt pour notre procédé.»

La valorisation paysagère, de son côté, a été étudiée au travers d’une butte installée sur la commune de Farciennes (Hainaut). « Celle-ci a été aménagée par la commune et le centre Sedisol, spécialisé dans le traitement et le recyclage des produits de dragage, peu de temps avant le début du projet, et uniquement avec des sédiments A. L’ISSeP a réalisé un suivi écologique et écotoxique du site pendant plusieurs années, et nos résultats montrent que les sédiments ne semblent affecter ni la flore ni la faune », indique la Dre Haouche.

Butte paysagère © projet VALSE

À côté de ces réalisations de terrain, un outil numérique à destination des pouvoirs publics a été conçu afin de les aider à développer des filières de valorisation à l’échelle locale. Celui-ci permet de croiser les besoins d’une région donnée (la réalisation d’un mur anti-bruit aux abords d’une autoroute, par exemple), aux caractéristiques des gisements de sédiments de cette même région. Selon les chercheurs, les stocks de sédiments ne peuvent devenir une ressource de matériaux qu’à partir du moment où leur qualité et les besoins du territoire sont connus.

Un autre projet de recherche est d’ores et déjà sur le rail en Wallonie afin d’approfondir les possibilités offertes par la valorisation en béton des sédiments dragués dans nos cours d’eau.

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