Laetitia Theunis

Découverte d’une super-Terre potentiellement habitable

Durée de lecture : 5 min

Une équipe internationale de scientifiques, menée par Laetitia Delrez, astrophysicienne à l’Université de Liège a découvert deux planètes de type «super-Terres» en orbite autour de LP 890-9. Egalement dénommée TOI-4306 ou encore SPECULOOS-2, cette petite étoile froide située à une centaine d’années-lumière de notre Terre est la deuxième étoile la plus froide autour de laquelle des planètes ont été jusqu’ici détectées, après la célèbre TRAPPIST-1.

Ultime confirmation par les télescopes terrestres

Une première planète, LP 890-9b (ou TOI-4306b), la plus interne du système avait été initialement identifiée par la mission spatiale TESS (Transiting Exoplanet Survey Satellite) de la NASA, dédiée à la recherche d’exoplanètes en orbite autour d’étoiles proches. Cette planète, qui a une taille environ 30% supérieure à celle de la Terre, réalise un tour complet autour de son étoile en seulement 2,7 jours.

Les chercheurs de l’ULiège ont utilisé leurs télescopes terrestres SPECULOOS (Search for habitable Planets EClipsing ULtra-cOOl Stars) pour confirmer et caractériser cette planète, et aussi sonder le système en profondeur à la recherche d’autres planètes qui auraient pu être manquées par TESS.

« TESS recherche des exoplanètes par la méthode des transits, en surveillant la luminosité de milliers d’étoiles simultanément, à l’affût de petites baisses de flux lumineux qui pourraient être causées par le passage de planètes devant leurs étoiles », explique Dre Laetitia Delrez, chargée de recherches FNRS au sein des unités de recherches Astrobiology et STAR de l’ULiège.

« Cependant, un suivi avec des télescopes au sol est souvent nécessaire pour confirmer le caractère planétaire des candidats détectés et affiner les mesures de leurs tailles et de leurs propriétés orbitales. »

Sensibilité dans le proche infrarouge

Ce suivi est particulièrement important dans le cas d’étoiles très froides, telles que LP 890-9, qui émettent leur lumière principalement dans le proche infrarouge et pour lesquelles TESS n’a qu’une sensibilité assez limitée.

A l’inverse, les télescopes du consortium SPECULOOS, dirigés par l’ULiège et installés au sein de l’Observatoire Européen Austral (ESO) de Paranal au Chili (SPECULOOS sud) et à l’Observatoire du Teide à Ténérife (SPECULOOS nord), sont optimisés pour pouvoir observer ce type d’étoiles avec une haute précision, grâce à des caméras très sensibles dans le proche infrarouge.

« Le but de SPECULOOS est de rechercher des planètes terrestres potentiellement habitables en transit autour des étoiles les plus petites et froides du voisinage solaire, comme le système planétaire TRAPPIST-1, que nous avons découvert en 2016 grâce à un projet pilote avec notre télescope TRAPPIST-Sud»,  rappelle Dr Michaël Gillon, Maître de recherches FNRS, co-directeur de l’unité de recherches Astrobiology de l’ULiège et investigateur principal du projet SPECULOOS.

« Cette stratégie est motivée par le fait que de telles planètes se prêtent particulièrement bien à des études approfondies de leurs atmosphères et à la recherche de possibles traces chimiques de vie avec de grands observatoires, tels que le JWST (télescope spatial James Webb). »

A la recherche de traces de vie

Les observations de LP 890-9 obtenues par SPECULOOS se sont révélées fructueuses puisqu’elles ont non seulement aidé à confirmer la première planète, mais ont aussi permis d’en détecter une deuxième, précédemment inconnue.

Cette seconde planète, LP 890-9c (renommée SPECULOOS-2c par les chercheurs de l’ULiège), a une taille semblable à la première (environ 40% supérieure à la Terre) mais présente une période orbitale plus longue, d’environ 8,5 jours.

Cette période orbitale, confirmée par la suite avec l’instrument MuSCAT3 à Hawaii, place la planète dans la zone dite « habitable » autour de son étoile.

«Bien que cette planète soit très proche de son étoile, à une distance environ 10 fois inférieure à celle de Mercure autour de notre Soleil, la quantité de rayonnement stellaire qu’elle reçoit reste faible, et pourrait permettre la présence d’eau liquide à la surface de la planète, pour autant qu’elle ait une atmosphère suffisante », explique Francisco J. Pozuelos, ancien chercheur postdoctoral à l’ULiège.

« C’est parce que l’étoile LP 890-9 est environ 6,5 fois plus petite que le Soleil et qu’elle a une température de surface deux fois moins élevée que celle de notre étoile. Ceci explique pourquoi LP 890-9c, malgré qu’elle soit nettement plus proche de son étoile que ne l’est la Terre du Soleil, pourrait tout de même présenter des conditions propices à la vie. »

Contraindre les conditions d’habitabilité

A l’avenir, l’équipe de chercheurs va étudier l’atmosphère de cette planète, notamment avec le JWST, pour lequel LP 890-9c serait la deuxième cible la plus favorable parmi les planètes terrestres potentiellement habitables que l’on connaît actuellement, surpassée seulement par les planètes TRAPPIST-1.

« Cette comparaison ne tient cependant pas compte du fait que LP 890-9c est située à proximité de la limite intérieure de la zone habitable et pourrait, par conséquent, avoir une atmosphère particulièrement riche en vapeur d’eau, ce qui boosterait ses signaux atmosphériques », explique Laetitia Delrez. « De plus, les modèles diffèrent souvent quant à la position exacte de cette limite interne de la zone habitable en fonction des caractéristiques de l’étoile. »

« La découverte de LP 890-9c offre une opportunité unique de pouvoir mieux comprendre et contraindre les conditions d’habitabilité autour des étoiles les plus petites et froides de notre voisinage solaire », conclut la chercheuse.

Une dendrochronologue et une physicienne à la tête du Centre Climat

Durée de lecture : 4 min

L’inauguration du Centre Climat belge est prévue pour la fin du mois de novembre, à Uccle. « C’est l’ancienne maison de fonction du directeur de l’IRM (Institut royal météorologique), qui hébergera ce nouveau centre d’excellence », indique Thomas Dermine (PS), Secrétaire d’État en charge de la Politique scientifique (Belspo). Voici quelques jours, il a révélé les noms des deux personnes qui dirigeront ce nouveau service de l’État fédéral. La direction scientifique du Centre Climat est confiée à la Pre Valérie Trouet, docteure en bioscience de la KULeuven. La Dre Ella Jamsin en assurera, quant à elle, la direction opérationnelle.

Valérie Trouet vit actuellement aux États-Unis. Elle dirige le laboratoire de dendrochronologie au Département d’hydrologie et des sciences de l’atmosphère de l’Université d’Arizona

Elle y étudie l’évolution des climats anciens en analysant les cernes de croissance des arbres. « Depuis des années, j’utilise la dendrochronologie pour évaluer les fluctuations du Jet Stream, et donc du climat. Les cernes des arbres d’Écosse, des Balkans mais aussi de Suisse me permettent de remonter sur une période de quelque 800 ans », dit-elle. En 2020, elle a signé aux États-Unis un livre grand public sur ce sujet (« Tree Stories »), qui a été traduit en néerlandais (« Wat bomen ons vertellen »).

Des trous noirs à l’économie circulaire

Quand elle arrivera en Belgique pour diriger le nouveau centre d’expertise sur le climat, début 2023, elle s’attachera d’abord à constituer son équipe, en collaboration avec la directrice opérationnelle du Centre climat. « Nous sommes très complémentaires et sur la même longueur d’onde », dit la Pre Trouet.

De son côté, Ella Jamsin, qui est actuellement consultante en énergie et en changements climatiques, prendra ses fonctions de directrice opérationnelle du Centre Climat dès le 1er décembre prochain. Elle est docteure en physique de l’Université Libre de Bruxelles. Sa thèse portait sur l’étude des trous noirs.

« Depuis ma thèse, je n’ai plus travaillé dans ce domaine », explique-t-elle. « Je me suis surtout intéressée aux questions de développement durable, et principalement à l’économie circulaire ».

Cet intérêt explique son passage par la Fondation britannique Ellen MacArthur, qui œuvre à l’accélération de la transition vers l’économie circulaire. Une mission qui lui a permis de gérer des projets et des équipes ainsi que de développer des contacts avec divers types d’interlocuteurs: entreprises privées, secteur académique, pouvoirs publics…

Recrutements en vue

Mme Jamsin a également été professeure assistante à l’Université de Delft, aux Pays-Bas, en Faculté de design industriel. Dans cet univers d’ingénieurs, les sciences sociales étaient également bien présentes », précise-t-elle. Depuis, elle travaille comme consultante indépendante.

Les deux directrices vont, dans un premier temps, s’atteler à la composition et au recrutement du personnel du Centre Climat. « Mon rôle portera, notamment, sur le recrutement des profils non scientifiques et la supervision de tous les aspects opérationnels de la mise en place du Centre », dit encore Ella Jamsin.

« J’accompagnerai également Valérie Trouet à bien définir les enjeux liés à ce nouveau Centre, d’un point de vue scientifique, pour ensuite créer des programmes qui répondent au mieux aux objectifs. »

Une priorité: donner une visibilité au Centre Climat

Concernant sa future équipe, la nouvelle directrice scientifique la voit déjà composée de scientifiques, mais aussi de spécialistes de la gestion des données, de techniciens de divers domaines et de professionnels de la communication. « Parmi les premières choses qu’elle aimerait faire pour ce Centre, c’est lui donner une visibilité. Faire comprendre au public pourquoi il est mis sur pied et ce qu’il va permettre de réaliser est de la plus haute importance », dit-elle.

Parmi les priorités du Centre Climat, elle évoque aussi la coordination des études et des données sur le climat produites en Belgique au sein des institutions scientifiques fédérales, mais aussi dans d’autres services de l’État et au sein des universités.

« L’idée est de développer une stratégie intégrée. On produit beaucoup de recherches sur le climat en Belgique, et dans de multiples domaines. En assurant une meilleure coordination de ces recherches, cela débouchera nécessairement sur une plus grande visibilité de ce savoir-faire belge, cela créera un momentum. De quoi permettre de développer, dans la foulée, une offre de services climatiques utiles autant aux pouvoirs publics, qu’aux décideurs, aux entreprises ou encore aux citoyens », conclut Valérie Trouet.

Cet automne, les chercheurs retrouvent aussi le chemin de l’école

Durée de lecture : 4 min

«Mais pourquoi?» C’est probablement la question que les enfants posent le plus souvent aux adultes. Pour être honnête, nous avons parfois du mal à trouver la bonne réponse.

Pourtant, cette faim de connaître et de comprendre est précieuse et importante. Il est de la plus haute importance que nos enfants reçoivent les bonnes réponses et que les explications qui leur sont données soient formulées en des termes qu’ils puissent comprendre. Des réponses qui les inciteront à aller plus loin, et à poser de nouvelles questions. C’est le meilleur moyen d’apprendre.

L’éducation, en particulier l’éducation dans le domaine des sciences, est essentielle dans ce contexte. Je suis convaincue qu’un enseignement de qualité peut amener les élèves à s’intéresser dès leur plus jeune âge au rôle que jouent la science et la recherche dans leur vie quotidienne.

Ouvrir les portes des écoles primaires et secondaires

Nous devons piquer leur curiosité et leur donner envie d’apprendre, sans être intimidés par la science. Peut-être pouvons-nous même les encourager à devenir un jour eux-mêmes des scientifiques. Nous aurons besoin de chercheurs et d’innovateurs d’excellence pour relever les défis actuels et futurs!

C’est ainsi qu’est née l’initiative «Chercheurs à l’école». Le concept est simple. Il s’agit d’inviter les chercheurs à se rendre dans les salles de classe des écoles primaires ou secondaires, où ils pourront discuter de leurs sujets de recherche avec les élèves, et expliquer comment ils travaillent.

Les chercheurs aborderont des questions telles que le changement climatique, le développement durable, la santé, l’alimentation et la nutrition, l’environnement, les sols ou les océans. Avant de se rendre dans une école, les chercheurs recevront, dans le cadre de l’initiative, une formation sur la manière de communiquer au mieux sur leur travail face à un jeune public. Les enseignants aussi bénéficieront d’une formation, dispensée par les chercheurs eux-mêmes, afin de mieux comprendre le sujet traité. Les élèves pourront visiter des laboratoires et être invités à résoudre des problèmes scientifiques. Toutes ces possibilités d’apprentissage sont conçues pour permettre aux élèves de découvrir la science, la recherche et l’innovation de manière interactive et stimulante.

Augmenter la présence des femmes dans les métiers STIM

Nous souhaitons toucher en particulier les filles et les jeunes femmes grâce à cette nouvelle initiative. Parce que nous savons que les résultats obtenus par les filles dans les matières scientifiques à l’école sont au moins aussi bons que ceux des garçons. Pourtant, beaucoup moins de femmes sont susceptibles de travailler dans le domaine des sciences, des technologies, de l’ingénierie ou des mathématiques (STIM) que les hommes. C’est pourquoi nous avons veillé à ce que cette initiative, «Chercheurs à l’école», accorde une attention particulière aux filles et aux femmes, afin de leur faire prendre conscience de leurs capacités dans les disciplines STIM.

L’initiative est financée au titre des actions Marie Skłodowska-Curie, qui apportent un soutien financier à l’évolution de carrière et à la formation continue des chercheurs à tous les stades de leur carrière. Les actions sont ainsi nommées en hommage à cette remarquable scientifique, seule femme double lauréate du prix Nobel – et ce à une époque où l’accès à la science, en particulier pour les femmes, n’était pas évident.

Je suis fière de vous informer qu’aujourd’hui, les actions Marie Skłodowska-Curie apportent un soutien à un nombre croissant de jeunes femmes dans le domaine de la recherche et de l’innovation, les chercheuses représentant plus de 42 % des boursiers du programme, soit bien plus que dans la population moyenne des chercheurs de l’UE, et 46 % de l’ensemble des doctorants bénéficiant d’un financement au titre du programme.

2.400 écoles sont déjà concernées

Les activités de l’initiative «Chercheurs à l’école» se dérouleront dans quelque 2 400 écoles des États membres de l’UE et des pays associés à Horizon Europe. Elles concerneront plus de 200.000 élèves sur deux ans (2022-2023). Et ce n’est qu’un début. Nous espérons pouvoir toucher beaucoup plus d’écoles et d’élèves dans les années à venir.

De plus, l’initiative a également été élaborée pour toucher spécifiquement les régions les plus éloignées et défavorisées, qui ont moins accès aux activités scientifiques et de recherche. Dans ces régions aussi, les enfants demandent aux adultes: «Mais pourquoi?». Ils méritent tout autant que les autres enfants d’obtenir une explication intelligente et adaptée à leur âge.

Je suis convaincue que cette belle initiative sera une réussite et je me réjouis à la perspective d’entendre les élèves, les enseignants et les chercheurs raconter les moments qu’ils auront passés ensemble. Je crois également que ces échanges contribueront à renforcer la résilience socio-économique, la compétitivité et la transformation de l’Union Européenne au fil du temps, étant donné que nous nous fondons de plus en plus sur l’excellence scientifique.

 

(Note: le titre et les intertitres de cette carte blanche sont de la rédaction de Daily Science)

Menaces sur la fascinante migration des oiseaux

Durée de lecture : 7 min

« Des oiseaux migrateurs tels que les pinsons des arbres, alouettes des champs, vanneaux huppés et autres linottes mélodieuses pourront être observés chez nous. De même que des pipits farlouses, une sorte de petite alouette, qui nichent dans les plaines du Nord et qui, sur son trajet hivernal vers le Sud, s’arrêtent en Belgique », annonce Alain Paquet, ornithologue au département Etudes de Natagora. Ces 1er et 2 octobre, de Finlande jusqu’en Géorgie et au détroit de Gibraltar, auront lieu les Journées européennes de la migration, coordonnées par l’ONG BirdLife International. Diverses activités organisées en Wallonie et à Bruxelles permettront à petits et grands de s’émerveiller sur les performances physiques des oiseaux migrateurs, sur leurs systèmes d’orientation innés et acquis, sur les distances folles qu’ils parcourent à tire-d’aile. Et de prendre conscience que la sauvegarde des oiseaux migrateurs requiert une législation planétaire.

Vol de nuit

Sans que vous en ayez pleinement conscience, la migration bat son plein depuis début août. Ce sont des millions d’oiseaux qui glissent de nuit jusqu’au sud de l’Europe et l’Afrique subsaharienne. Durant la journée, des individus de certaines de ces espèces sont observés dans les buissons en train de se reposer et de manger. Puis, quand viendra la nuit, ils reprendront leur envol.

« Cette migration nocturne est typique des petits insectivores, comme les fauvettes, les pouillots, les gobe-mouches. Cela leur permet d’éviter de croiser la route d’un faucon, leur principal prédateur, qui lui, est essentiellement diurne. Aussi, les perturbations atmosphériques sont moindres que durant le jour. Et puis, ces oiseaux de petite taille savent se repérer sur la voûte céleste », explique Alain Paquet.

Fauvette à tête noire mâle © Cayambe

Des pros de l’orientation

Les oiseaux migrateurs sont dotés de divers systèmes d’orientation encore largement méconnus. « Pour se repérer, on sait qu’ils utilisent la lumière polarisée, le champ magnétique, l’azimut solaire. Chacun de ces systèmes de navigation a un point faible : il est difficile de bien se repérer avec le Soleil lorsque le ciel est bouché. Dans ce cas, un autre système de navigation prend le relai, par exemple le champ magnétique. Mais celui-ci peut parfois varier. Dans ce cas, les oiseaux migrateurs recoupent les infos avec la voûte céleste ou avec l’azimut solaire », explique l’ornithologue.

L’apprentissage de ces techniques ne se fait pas sur les bancs de l’école, mais au cours de la vie et pour l’une en particulier, dès le nid. « Une fauvette à tête noire née dans une haie à Charleroi, quand elle est au nid et durant son premier été, voit le ciel tourner. De la sorte, elle enregistre le mouvement de rotation autour de l’étoile Polaire. » Et apprend à lire la voûte céleste.

«  Fin de l’été, alors qu’elle n’est âgée que de quelques mois, sans avoir reçu d’apprentissage parental à ce sujet, elle partira vers l’Afrique, de nuit, seule, sous le coup de deux impulsions innées. La première lui indique une grande direction à prendre. En Belgique, il s’agit du sud-ouest en automne ; et du nord-est au printemps. La seconde a trait à une durée d’effort, c’est-à-dire à un nombre de jours avant d’arriver à destination. La forme peut prendre 3 semaines vers le sud-ouest puis 6 semaines vers le sud : si un oiseau belge réalise cet itinéraire, il arrive au Sénégal. C’est inné. Puis, avec l’expérience, les autres systèmes de navigation (azimut solaire, champ magnétique, lumière polarisée ) vont s’affiner. »

Cela est vrai pour les fauvettes, mais aussi pour les rouges-queues, les loriots, les coucous et autres pouillots.

Par contre, chez les grues, les oies et les canards, ces systèmes de navigation sont supplantés par l’apprentissage familial. « Les jeunes oiseaux doivent faire au moins deux fois l’aller et le retour avec les parents pour bien mémoriser et comprendre le trajet migratoire. » A titre d’information, une grue a une espérance de vie de 15 à 20 ans.

Des performances incroyables

Percer les secrets de la migration des oiseaux tient en haleine des chercheurs de par le monde. « Depuis que l’on arrive à placer des balises sur les oiseaux migrateurs de petite taille, on découvre des choses hallucinantes. Ainsi, la barge rousse, un petit échassier, part d’Alaska jusqu’en Nouvelle-Zélande, en … une seule étape ! Elle vole pendant 12 jours sans s’arrêter, sans manger, sans boire, sans dormir d’un sommeil complet », poursuit Alain Paquet.

Barge rousse © Tim Bowman

Le monde de la migration aviaire est celui des superlatifs. La sterne arctique réalise pas moins de 70.000 km par an, en reliant les océans Arctique et Antarctique. Des capteurs posés sur des rousseroles turdoïdes, une sorte de fauvette des marais, montrent qu’elles volent à 3000 mètres d’altitude de nuit et jusqu’à 5000 voire 6000 mètres d’altitude durant le jour. Notre explication est qu’elle monte là-haut, où il fait -35°C et où il n’y a quasiment plus d’oxygène, pour lutter contre l’hyperthermie dont elle souffre à force de battre des ailes pendant des heures. »

La bécassine double, un oiseau limicole menacé et très rare, niche en Europe de l’Est et en Suède. Elle rejoint l’Afrique sahélienne en 2 ou 3 étapes de 60 à 90 h de vol chacune. Les capteurs révèlent qu’elle s’élève jusqu’à 8700 m d’altitude !

Modification des comportements migratoires

Suite au bouleversement climatique, certaines espèces partent de plus en plus tard à l’automne et reviennent de plus en plus tôt au printemps. Et parfois, cela se solde par un déphasage avec l’émergence des insectes. « En temps normal, les oiseaux migrateurs reviennent à une certaine date, s’apparient, s’accouplent, pondent des œufs dont l’éclosion correspond à 3-4 jours près à l’émergence des chenilles de phalènes, petits papillons qui pondent par millions dans les arbres. » Or, leurs parents étant revenus plus tôt de migration, les chenilles ne sont pas encore nées et la disette guette rapidement les poussins. C’est le cas de migrateurs au long cours comme les fauvettes et les rousseroles.

Concernant les espèces européennes qui restent en Europe, leurs zones d’hivernage se situent de plus en plus au nord. « Quant aux oiseaux qui traversent le Sahara, ils vont hiverner de plus en plus au sud, au niveau du lac Niger ou du lac Tchad. La désertification et la mise en culture des zones humides en Afrique du Nord, conséquence de l’explosion démographique, de la modernisation de l’agriculture ou encore de la construction de barrage, détruisent les habitats d’hivernage des oiseaux européens. »

Car, en effet, les oiseaux migrateurs ne sont pas menacés que par le réchauffement climatique, mais aussi par la destruction de l’environnement. « Ainsi, en Wallonie, l’habitat de halte migratoire idéal pour les passereaux d’Europe du Nord, ce sont les haies, où ils y restent 5-6 jours pour se nourrir d’insectes et de baies avant de reprendre leur vol. Quand on coupe ces haies, c’est la nourriture dont ces oiseaux ont besoin entre août et octobre-novembre que l’on détruit. En conséquence, ils vont devoir voler plus loin, allonger les étapes, pour trouver à manger et se reposer. »

Chasse d’oiseaux protégés

A ce triste tableau, s’ajoute la chasse aux oiseaux migrateurs, notamment dans le bassin méditerranéen oriental. Si les lois européennes de protection des oiseaux migrateurs ont bien fonctionné, il en est tout autre en dehors des frontières de l’Union. Ainsi, « en Egypte, il y a depuis peu, depuis l’avènement du maréchal Al-Sissi, des centaines de kilomètres de filets sur la plage s’étendant de la Libye à la bande de Gaza pour les piéger. Les tableaux de chasse ont également cours au Proche-Orient, dans les Emirats arabes, au Liban, en Syrie, mais aussi en Bosnie-Herzégovine et au Monténégro, où des chasseurs, notamment français, flinguent des grues cendrées comme du gibier. »

« Les oiseaux sont un lien écologique entre des écosystèmes très éloignés. Certains nichent dans la toundra arctique puis vont hiverner en Afrique : s’il y a un problème dans la toundra, en Afrique ou sur le trajet entre les deux, c’est toute l’espèce qui est affectée. Les oiseaux migrateurs soulignent le caractère unitaire de la biosphère », conclut Alain Paquet.

La quantité de poussières africaines atteignant l’Antarctique a été sous-estimée

Durée de lecture : 5 min

Près de la moitié des aérosols présents dans l’atmosphère sont des particules de poussières, selon l’Organisation météorologique mondiale. « Elles proviennent le plus souvent de zones désertiques où la force de l’eau et des vents altérèrent et érodent les sols et les roches mises à nu », rappelle Nadine Mattielli, directrice du laboratoire G-Time (Geochemistry/Geophysics Tephra, Isotopes, Minerals, Elements) de l’Université Libre de Bruxelles (ULB). « Ces poussières sont, ensuite, transportées, parfois sur de très longues distances, dans divers endroits du globe en fonction de la circulation atmosphérique. »

Dernièrement, elle et son équipe ont cherché à reconstituer les sources et le transport des poussières que l’on trouve en Antarctique. L’intérêt ? Mieux comprendre les circulations des masses d’air et potentiellement retracer celles du passé et du futur, et ainsi mieux connaître et prévoir les changements du climat au cours du temps.

Stefania Gili dans la salle blanche tenant un échantillon de poussières antarctiques dissoutes © ULB

L’énigme de l’origine des poussières antarctiques

L’étude a été réalisée dans le cadre du projet CHASE, financé par BELSPO, qui réunit des scientifiques de l’ULB, de l’Université de Gand (Christophe Walgraeve) et de l’Institut Royal Météorologique (Alexander Mangold).

« Notre but est de déterminer la composition des particules atmosphériques transportées et déposées en Antarctique de l’Est (Dronning Maud Land) et dans l’océan Austral », résume la Pre Mattielli. Un pan du projet s’est intéressé à retracer le voyage de ces particules, de leurs régions sources à leurs dépôts.
« Depuis longtemps, la littérature reconnaît le sud de l’Amérique latine comme la principale source des poussières qui atteignent l’Antarctique. Mais la composition de ces particules antarctiques ne cadre pas toujours avec cette origine. Or, il y a quelques années, des images satellitaires ont montré que la côte désertique de la Namibie – dont le statut de région source était jusqu’alors considéré comme mineur – produisait de véritables panaches de poussières, qui pouvaient être identifiés comme une des principales sources de poussières du sud de l’Afrique. Ces poussières, seraient-elles capables d’atteindre la côte Antarctique ? »

Pour le savoir, l’équipe bruxelloise a réalisé une caractérisation géochimique et isotopique de sédiments collectés dans quatre zones de la côte namibienne. Endroits où se trouvaient plusieurs rivières, et qui sont maintenant de véritables plaines d’argiles et de sables. « Ces échantillons ont été récoltés par James King et son étudiante, de l’Université de Montréal, co-auteurs de l’étude, puis envoyés pour analyse à l’ULB », précise la géologue.

Zones étudiée en Namibie © Stefania Gili et al.

Des particules pistées par des instruments de pointe

Grâce à une collaboration avec l’Université Paris Cité et avec l’Université Paris-Est-Créteil, l’équipe a eu accès à la chambre de simulation atmosphérique CESAM. Celle-ci permet d’effectuer dans des conditions réelles des expériences impliquant des poussières minérales, en contrôlant l’humidité, la force du vent, etc.

« Avec cet outil, nous avons pu remettre en suspension les sédiments et recueillir, à l’aide de filtres, les particules les plus fines, c’est-à-dire celles qui seraient naturellement emportées par les vents jusqu’en Antarctique », explique la Pre Matteilli.

Ces poussières ont, ensuite, été dissoutes dans des solutions acides au laboratoire G-Time, et analysées à l’aide d’un ICP-MS (spectromètre de masse à plasma à couplage inductif). Un instrument capable de mesurer les concentrations de tous les éléments chimiques présents dans les poussières. Par après, ces mêmes solutions ont été traitées par chromatographie et analysées par un spectromètre MC-IC-PMS (spectromètre de masse à plasma induit et multi-collection).

« Grâce au FNRS, nous avons la chance de posséder ce type d’instrument, relativement rare dans les centres de recherche », souligne la scientifique. « Ici, il nous a servis à étudier les rapports isotopiques, en analysant l’abondance de chaque isotope d’un même élément présent dans l’échantillon. On a ainsi pu identifier la carte d’identité isotopique de chaque échantillon, et donc déterminer l’empreinte isotopique de la région d’origine des poussières analysées. »

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Une origine qui évolue selon l’ère climatique

En comparant les cartes d’identité des poussières africaines à celles des poussières antarctiques, les scientifiques ont confirmé que la Namibie a un impact beaucoup plus important que supposé. « La région serait même la deuxième ou la troisième source de poussières la plus importante dans l’hémisphère Sud, après le sud de l’Amérique latine ».

En parallèle, en étudiant les poussières stockées dans les carottes de glaces, l’équipe a noté que leurs origines variaient au cours des différentes périodes climatiques. Pour rappel, ces 800.000 dernières années, la Terre a connu huit ères glaciaires, séparées par neuf interglaciaires. Et, selon cette étude, les émissions de poussières proviendraient de régions sources situées plus au nord, puis plus au sud, en fonction de la période.

« Aussi, lors de la dernière période interglaciaire, la Namibie était déjà désertique, et alimentait déjà en poussières l’Antarctique. Puis, lors de la glaciation qui a suivi, la région est devenue davantage humide et était potentiellement couverte de végétation. On comprend donc qu’il y a eu, durant les transitions de périodes glaciaires aux interglaciaires, une évolution importante des circulations atmosphériques, associée à l’évolution climatique des régions sources. Nous espérons que ces nouvelles données contribueront à aider les prochaines études de modélisation du climat », conclut la Pre Mattielli.

EUMETSAT lorgne vers le « New Space »

Durée de lecture : 4 min

Des centaines de spécialistes du climat et de la météorologie viennent d’avoir rendez-vous à Bruxelles. Dans le cadre de la réunion annuelle des utilisateurs des données d’EUMETSAT, ils ont longuement discuté des satellites du programme MTG (Météosat de troisième génération). Ces nouveaux satellites géostationnaires, construits par Thales Alenia Space à Cannes, sous maîtrise d’œuvre de l’ESA, leur apporteront très bientôt une foule de nouvelles données utiles.

« Avec MTG, les services météorologiques de nos états membres bénéficieront de 50 fois plus d’informations qu’actuellement avec les Météosat de seconde génération (MSG) », indique Phil Evans, le Directeur général d’EUMETSAT. « De quoi améliorer la qualité et la rapidité des prévisions météorologiques pour les Européens. Et de tenter de minimiser, par des alertes précoces à la population et aux services de secours, les coûts que certaines catastrophes prévisibles peuvent entraîner, comme des inondations suite à des tempêtes ou des pluies violentes ».

Bénéfices pour le « nowcasting »

« Les données de MTG amélioreront très sensiblement la qualité du « nowcasting », les prévisions à très court terme, mais aussi ultra localisées », précise Paolo Ruti, le scientifique en chef d’EUMETSAT. « De quoi donner l’alerte de l’imminence d’un problème majeur, deux heures avant qu’il ne se produise.»

« L’enjeu n’est pas banal. D’un point de vue économique, on estime que les pertes liées aux événements climatiques extrêmes oscillent entre 450 à 520 milliards d’euros en Europe, pour la période allant de 1980 à 2020 », indique Paul Counet, directeur de la Stratégie chez EUMETSAT. « Dans le même temps, le bilan humain a lui aussi été lourd. Entre 85.000 et 145.000 personnes auraient ainsi prématurément perdu la vie. »

Comme le résume Phil Evans à propos de MTG, « avec ce système satellitaire géostationnaire le plus complexe et le plus innovant jamais réalisé, le but est d’abreuver davantage en données pertinentes les services météorologiques des états membres afin de leur permettre de préserver des vies, des biens et des infrastructures. »

Constellation à venir

Si le premier des six satellites du programme MTG est dans les starting-blocks, pour une mise en orbite d’ici la fin de cette année par une fusée Ariane 5, EUMETSAT et la communauté météorologique européenne regardent déjà bien au-delà.

L’Agence européenne des satellites météorologiques, qui a l’habitude de travailler, depuis sa création en1986, sur des programmes qui s’inscrivent dans des temps longs et qui sont dotés de budgets importants (plus de 4 milliards d’euros pour MTG) lorgne désormais vers le « New Space ». Il s’agit de cette nouvelle manière d’exploiter le domaine spatial grâce à des satellites et des lanceurs construits en série, donc plus rapides à produire et à moindres coûts.

Parmi ses projets pour le futur, EUMETSAT propose de développer une constellation de petits satellites polaires observant la Terre et son atmosphère dans le domaine des micro-ondes.

Grâce aux micro-ondes, cette constellation pourrait mieux percer la structure verticale de l’atmosphère dans les régions nuageuses.  De quoi encore améliorer les systèmes de « nowcasting » et les prévisions numériques du temps, et ce à des coûts qualifiés de modestes. On parle ici d’un programme de quelques centaines de millions d’euros, pour des satellites d’un peu plus de 100 kilos (à comparer aux quelque 4 tonnes des plus gros des MTG).

Cette constellation serait composée de petits satellites récurrents issus du prototype AWS (Arctic Weather Satellite) de l’ESA.

Baptisé EPS-Sterna, ce programme comprendrait six satellites travaillant ensemble, sur trois plans différents. Ils seraient lancés et remplacés en orbite grâce à des petits lanceurs spatiaux, et non des mastodontes comme Ariane 5 (et bientôt Ariane 6) et auraient une durée de vie initiale de 5 ans.

« Même si nous ne ferons pas l’économie de gros satellites géostationnaires à l’avenir, ce genre programme nous permettrait d’être plus agiles face aux demandes de nos utilisateurs », commente Phil Evans, le directeur général d’EUMETSAT.

Les premiers exemplaires de cette constellation pourraient prendre leur envol dès 2029. Du moins si ce programme, estimé à quelque 677 millions d’euros, reçoit l’aval de ses financeurs : les états membres d’ EUMETSAT et l’ESA. L’agence spatiale européenne y verra plus clair dans ses moyens financiers au terme de la prochaine réunion ministérielle de ses états membres, prévue en novembre prochain.

Les photos d’incendies de forêt de cet été et les glaciers alpins en perdition primées

Durée de lecture : 4 min

« Incendies, canicules et sécheresse » et « Gone soon ». Voici les deux photos lauréates de notre concours, organisé cette année autour de la thématique des changements climatiques en collaboration avec l’Institut Royal météorologique de Belgique (IRM)

Ce concours a été un succès. Plus d’une centaine de photos ont été reçues. Elles illustrent chacune à leur manière l’un ou l’autre impact des changements climatiques sur notre quotidien.

Beaucoup de photos traitaient des épisodes torrides de l’été. Certaines ont plutôt mis en lumière quelques  épisodes météorologiques inhabituels, comme des chutes de neige en Belgique au début du mois d’avril.

Une vingtaine de photos n’ont pas été prises en compte par le jury ni soumises au vote des internautes. Elles ne répondaient pas aux exigences du règlement du concours. Notamment en ce qui concerne les dates des prises de vues. Les photos envoyées devaient nécessairement avoir été prises en 2022. Les très belles images plus anciennes ont donc dû être écartées.

Les Landes dévastées

Deux prix étaient en jeu. Le prix du jury et celui des lecteurs de Daily Science, via un système de votes en ligne.

Le Jury comprenant deux représentants de l’IRM, deux membres de l’équipe de Daily Science et un photographe professionnel a épinglé une quinzaine de photos. Un système de cotation a permis de désigner la photo lauréate. Il s’agit de la photo intitulée « Incendies, canicules et sécheresse », prise par Laetitia de la Villehuchet, en août 2022.

Voici ce qu’en dit son autrice: « En asséchant la végétation, le changement climatique entraîne une augmentation du danger météorologique de feux de forêt. Les chercheurs de Météo-France ont étudié l’évolution de cet aléa au cours du siècle passé et pour les prochaines décennies : il augmente depuis les années 1960 et devrait encore augmenter au cours du XXIe siècle. Cet été encore des milliers d’hectares ont été brûlés et j’ai voulu en rendre compte en faisant un reportage à Belin-Beliet, dans les Landes, où 7400 hectares ont été détruits par le feu. Le sol n’est plus qu’un tas de cendres, les troncs sont calcinés, certaines fumerolles s’échappaient encore et l’odeur âcre vous prend à la gorge. C’est un spectacle de désolation. »

Cette photo remporte donc le prix du Jury, à savoir un smartphone iPhone 13pro max. Bravo à la lauréate!

Les glaciers en sursis

Le vote du public a pour sa part désigné comme lauréate l’image intitulée « Gone Soon », de Joshua Dewulf, prise en Suisse, également en août 2022.

«Gone Soon» © Joshua Dewulf

Voici ce qu’en dit le photographe: « Avec cette photo, je veux mettre en évidence la fonte des glaciers. C’est pour cela que j’ai choisi de l’intituler « Gone soon » (« Bientôt disparu/ En sursis », traduction de la rédaction). Le personnage sur la photo regarde un glacier qui fond à la vitesse de l’éclair.  D’ici quelques années, ce sera de l’histoire ancienne. Je veux ainsi montrer  quelle beauté va disparaître, si nous ne prenons pas mieux soin de notre planète ». Son prix se compose d’un appareil photo digital Canon EOS 850 D.

Des photos à découvrir ce week-end

Les photos lauréates, de même qu’une sélection des photos les plus plébiscitées par le Jury et le public, seront exposées ce week-end à l’Institut Royal Météorologique, à son siège d’Uccle, dans le cadre des journées portes ouvertes de ces 24 et 25 septembre 2022.

Ces portes ouvertes donneront également aux visiteurs l’occasion de découvrir les missions et les travaux réalisés au sein de trois instituts scientifiques fédéraux hébergés sur le même site. Outre l’IRM, il s’agit de l’Observatoire royal de Belgique et de l’Institut royal d’aéronomie spatiale.

À noter encore: toutes les photos valablement soumises au concours sont toujours visibles sur notre site.

La lutte contre la pollution azotée se donne des ailes

Durée de lecture : 4 min

L’Institut royal d’Aéronomie Spatiale de Belgique et l’Université Libre de Bruxelles (ULB) participent à NITROCAM. Cette campagne de mesure de la pollution atmosphérique due aux composés azotés, financée par l’agence spatiale européenne (ESA), est organisée en guise de préparation du satellite NITROSAT. Celui-ci est dédié à l’observation à haute résolution des sources de pollution azotée, et est en lice pour participer à la 11ème mission « Earth Explorer » de l’ESA.

La santé humaine trinque …

Les composés azotés comme l’ammoniac (NH3) et le dioxyde d’azote (NO2) peuvent créer des particules fines dans l’atmosphère. Celles-ci détériorent la qualité de l’air et affectent la visibilité. Et peuvent provoquer de graves problèmes respiratoires et cardiovasculaires, notamment chez les personnes vulnérables.

Le NO2, plus particulièrement, peut irriter les poumons et entraîner une détérioration de la fonction pulmonaire. En concentrations élevées, il peut contribuer au développement ou à l’aggravation de maladies respiratoires comme l’asthme, et augmenter la sensibilité aux infections respiratoires.

… celle des écosystèmes aussi

En outre, lorsque des composés azotés sont libérés en excès dans l’atmosphère, ceux-ci peuvent causer des ravages dans de nombreux écosystèmes terrestres et aquatiques.

Ils provoquent l’acidification des sols, ce qui nuit à la croissance des plantes dans la nature ou en agriculture.

Lorsqu’ils sont dissous dans l’eau, ils ont un impact sur les processus chimiques, ce qui peut entraîner des problèmes de santé, voire la mort de la vie marine en eau douce.

Un satellite dédié

« Face à ces problèmes de pollution par l’azote, la nécessité d’une réglementation et de politiques visant à la contrôler et à la réduire devient évidente, mais les décideurs ne peuvent agir sans information et sans un suivi ultérieur de l’impact des décisions. Cette partie est notre tâche », explique-t-on à l’Institut royal d’Aéronomie Spatiale de Belgique.

« Avec l’ULB et d’autres partenaires européens, notre objectif est de préparer et de lancer un satellite appelé NITROSAT, spécifiquement dédié à l’observation des sources et au suivi des niveaux de pollution par l’azote à la résolution sans précédent de 500 m2. Cela signifie que NITROSAT pourrait distinguer des sources à peine distantes de 500 m, ce qui constituerait un véritable exploit technologique. »

Alors qu’il a récemment été approuvé par l’Agence spatiale européenne comme l’un des candidats pour la 11e mission « Earth Explorer », NITROSAT est en phase de pré-développement scientifique et industriel. D’ici 2025, les scientifiques et ingénieurs devraient savoir si leur prototype est retenu. Dans quel cas, son développement sera poursuivi, avec un lancement en orbite vers 2031-2032.

 

Colonnes troposphériques de NH3, montrant le panache à forte concentration de l’usine de carbonate de sodium de Rosignano, Pise, Italie, 19 mai 2022 © BIRA-IASB

Des premières campagnes de mesures par avion

NITROCAM est l’ensemble de campagnes de mesures dédiées à la préparation de la mission NITROSAT et réalisées par l’équipe aéroportée de l’IASB, en coopération avec l’ULB et la Freie Universität Berlin (FUB).

« De notre côté, l’équipe aéroportée est composée de chercheurs et d’ingénieurs qui ont développé un instrument appelé SWING, lequel a été monté dans un petit avion de la FUB. Il permet de réaliser des mesures locales de la distribution horizontale de NO2 sous l’avion », dit-on à l’IASB.

 

 

 

Colonnes troposphériques de NO2 au-dessus de la région de Pise, en Italie, le 20 juin 2022 © BIRA-IASB

En plus de SWING, un TELOPS HyPER-Cam LW du Centre allemand pour les géosciences (GFZ) permet de mesurer le NH3 dans l’infrarouge thermique.

« Ensemble, les deux instruments peuvent être considérés comme un démonstrateur aéroporté pour la future mission spatiale NITROSAT. Les données collectées seront spatialement réajustées comme si elles étaient collectées depuis l’espace. Et les spécifications telles que la sensibilité ou encore la résolution spectrale seront évaluées. »

Les premiers vols scientifiques ont eu lieu en Allemagne à l’automne 2020 et au printemps 2021. Ils ont déjà permis une première détection conjointe NH3 et NO2 à partir d’un site industriel. En mai et juin 2022, la campagne s’est focalisée sur l’agriculture et les industries en Italie, deux principales sources de NH3 et NO2.

 

Au 18e siècle, les dragons étaient wallons

Durée de lecture : 4 min

« On aurait tort de croire que notre histoire, celle des Belges, ne commence qu’en 1830. Au XVIIIe siècle, même si nous n’étions pas formellement indépendants, nos régions se trouvaient dans un grand ensemble, l’Empire d’Autriche, au sein duquel elles avaient beaucoup d’autonomie. Des Belges, majoritairement des Wallons, se sont engagés volontairement dans l’armée des Habsbourg. Ces Dragons wallons se sont illustrés lors de la guerre des Sept Ans (1756-1763). Leurs régiments vécurent trois quarts de siècle et leur réputation, reconnue par toute l’Europe, fut très haute.», explique Pr Bruno Colson, historien et expert en stratégie militaire. Il est le commissaire de l’exposition « La gloire des Wallons », présentée jusqu’au 5 décembre à la Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin (BUMP) de l’UNamur.

Territoire de l’Empire d’Autriche au 18e siècle © Laetitia Theunis

Un territoire morcelé

Au XVIIIe siècle, les Habsbourg d’Autriche, en particulier Marie-Thérèse (dont le règne fut très long), étaient nos souverains légitimes.

« Les différentes régions qui formeront plus tard la Belgique (sauf la principauté de Liège qui, tout comme les Pays-Bas actuels, faisait partie de l’Empire romain germanique) étaient alors incluses dans une zone dénommée les Pays-Bas catholiques (différente du territoire des Pays-Bas actuels, NDLR). Il s’agissait d’un regroupement de principautés, de duchés, de comtés, domaines épiscopaux qui étaient assez libres mais qui se choisissaient un Empereur. Celui-ci était donc élu. Son pouvoir était toutefois assez limité sur les différentes entités qui restaient très autonomes, et qui avaient leur propre armée », explique Pr Colson.

 

Wallons mais pas que

Des régiments ont été recrutés dans nos régions. Ils ont été intégrés à l’armée autrichienne en 1725, et portaient l’uniforme autrichien mais avec une identité propre.

A cette époque, la Wallonie n’existait pas encore. Mais les locuteurs d’un dialecte gaulois étaient désignés par le terme « wallon ». Si des Flamands et des Bruxellois ont également intégré ces régiments, ils étaient minoritaires par rapport aux Wallons. C’est ainsi que l’on a désigné ces régiments comme étant des régiments wallons.

« Ils étaient composés d’engagés volontaires, de militaires professionnels. Souvent, ils s’enrôlaient car ils n’avaient pas d’autres possibilités d’emploi, mais d’autres le faisaient par idéal. Tous se battaient pour leur souverain. Il ne s’agissait donc pas de mercenaires. »

Composition d’un régiment d’infanterie © Laetitia Theunis

Stratèges hors pair

En 1756, le roi de Prusse Frédéric II envahit la Silésie, possession des Habsbourg, dans le but de l’intégrer à son territoire.

« Au début de la guerre, à Kolin, qui se trouve en Bohème, à une soixantaine de kilomètres de Prague, les Dragons wallons se font remarquer pour la première fois. Alors qu’on les prenait pour des blancs-becs, ils chargent au moment décisif de la bataille et repoussent les Prussiens sur les hauteurs. De la sorte, ils ont joué un rôle essentiel dans la victoire de l’Autriche et ont sauvé la monarchie habsbourgeoise. Ce fut le début de leur réputation militaire », explique Pr Colson.

« Les Dragons wallons sont des cavaliers, souvent habillés en vert, et qui ont un rôle d’infanterie montée. C’est-dire que, armés d’un mousquet, ils peuvent se battre à pied quand c’est nécessaire. Mais ils font toutefois partie de la cavalerie dite lourde, comme les cuirassiers. »

Dragon wallon © Laetitia Theunis

« Suite à leurs faits d’armes à Kolin, Marie-Thérèse d’Autriche accorde des privilèges aux régiments des Dragons wallons. Ces privilèges vont subsister longtemps après son décès (1780). Si bien que pendant la Première Guerre mondiale, le régiment des Dragons, héritier des Dragons wallons, sera le seul de la cavalerie autrichienne (pour rappel, ce n’est qu’en 1919 que l’Empire d’Autriche-Hongrie éclate) à avoir pu garder son étendard. »

Le dernier signe encore visible aujourd’hui des privilèges accordés aux Dragons wallons est sis à Vienne. Dans l’église des Augustins, à côté du palais impérial, trône une statue érigée à la gloire du régiment des Dragons, héritier des Dragons wallons, et porte leur étendard. Dessus, il est écrit en français « Qui s’y frotte, s’y pique », la devise de ce régiment devenu le plus célèbre de la cavalerie de l’armée autrichienne.

Les filles, boudent-elles vraiment les sciences?

Durée de lecture : 5 min

« À l’école primaire, deux tiers des enfants ont un intérêt pour la science. Mais au cours des années d’école secondaire, le pourcentage de filles intéressées par ces matières chute de façon spectaculaire ». À Namur, Julie Henry, Docteure en didactique de l’informatique et en sciences de l’éducation posait la question suivante: « les filles, boudent-elles vraiment les sciences… ou sont-elles poussées à les bouder » ?

La scientifique s’adressait aux professeurs de sciences du secondaire, réunis à l’UNamur dans le cadre de leur 60e Congrès des Sciences. Cette grande réunion annuelle, organisée sur deux jours, permet aux enseignants de se retrouver autour de thématiques d’intérêt pour leur profession, et ce à quelques jours de la rentrée scolaire.

Se méfier des stéréotypes de genre

L’objectif de la conférence de Julie Henry était d’éclairer les enseignants sur la problématique des stéréotypes de genre dans le domaine des STEM (sciences, techniques ingénieurs et mathématique). « Si les filles se retrouvent peu nombreuses dans ces filières, est-ce vraiment parce qu’elles n’en ont pas envie ? », demande-t-elle.

« En réalité, quand les élèves de l’enseignement primaire arrivent dans le secondaire, 43% des garçons et 27% des filles se disent intéressées par les sciences et les technologies », indique celle qui depuis cet automne occupe le poste de cheffe de projets STEAM (acronyme dans lequel le « A » fait référence aux arts, à la créativité) à l’UNamur. Elle avance encore d’autres chiffres tirés de l’enquête internationale « Gender Scan 21 », qui a porté sur 32.000 personnes, dont 650 en Belgique. Le questionnaire de cette enquête a été complété principalement par des adultes, actifs dans différents domaines, mais également par 5.600 adolescents.

Ne pas négliger l’influence des proches, mais aussi des professeurs

Juste après l’arrivée dans le secondaire, l’enquête montre une croissance de l’intérêt des filles pour les sciences et les technologies. À 15-16 ans, elles seraient ainsi 33% à marquer un intérêt pour ces matières, alors que celui des garçons commence à chuter (25%). Une perte d’intérêt qui concerne ensuite autant les filles que les garçons quand ces jeunes arrivent à la fin de leurs études secondaires.

« Pour maintenir et développer l’intérêt pour les filières STEM, il faut donc intervenir dans le secondaire inférieur », dit Julie Henry. « Et là, l’influence des professeurs est prépondérante ». Les garçons (39%) et les filles (38%) disent que ce qui les a le plus influencés dans le choix de leur formation vers une filière STEM a été un de leurs professeurs de l’école secondaire. Les proches et la famille sont également de bons vecteurs de motivation, tout comme un événement ou une sortie, un forum « métiers » ou les médias. Par contre, les réseaux sociaux ne semblent jouer quasiment aucun rôle dans ces choix (4% et 7% à peine, respectivement).

Des proportions qui changent cependant si on s’intéresse aux formations et aux métiers du numérique. Ici, ce sont les proches qui sont les plus motivants (37% pour les garçons et 40% pour les filles) et nettement moins les professeurs (17% et 19% respectivement). « On ne peut pas choisir ce qu’on ne connaît pas », dit Julie Henry.

Plus globalement, si on s’intéresse aux raisons qui poussent les filles vers les STEM, ou plus exactement ce qui les écarte de ces filières, on retrouve la question des stéréotypes implicites de genre tout au long de leur vie, mais aussi des représentations erronées des métiers concernés. L’informatique, ce n’est pas qu’un truc de geeks ou de hackers!

« Dégenrer » le matériel pédagogique

« Pour cultiver l’intérêt pour les STEM et l’informatique, et le faire évoluer, il faut donc le susciter dans le secondaire inférieur et augmenter les connaissances et la confiance dans le secondaire supérieur », estime la scientifique.

En ce qui concerne les filles, cela passe par un environnement «friendly» qui leur fournit l’opportunité de «rattraper » l’expérience des garçon, acquise lors du temps libre, et de gagner en confiance. « Par exemple en regroupant les filles pour certaines activités, en ayant une attitude positive envers l’échec, en valorisant les activités où elles performent le mieux. »

L’idéal est de créer un premier contact avec les STEM plus tôt dans l’existence, avec les jeux d’enfants notamment. « En ce qui concerne l’informatique, mieux vaut ne pas mettre le codage pur en avant. Ce n’est pas satisfaisant intellectuellement pour les filles. Il faut davantage miser sur la créativité, sur le processus « réfléchir, concevoir, résoudre un problème », tout en tissant des liens avec la vie réelle et l’interdisciplinarité.

Les situations de compétition sont à proscrire. Par contre, emmener la classe à des événements, en excursion, lui faire découvrir des récits et des rôles modèles accessibles est à favoriser. Et, bien entendu, prendre avant tout conscience des stéréotypes et veiller à « dégenrer » le matériel pédagogique. Sans oublier de mettre d’emblée le focus sur les débouchés, avant même d’aborder le contenu des programmes », conclut la Dre Henry.

1 2 3 80