Laetitia Theunis

Les dessins de Bruegel passent aux rayons X

Durée de lecture : 5 min

Pierre Bruegel l’Ancien, le fameux peintre flamand du 16e siècle qui vécut à Bruxelles et dont les peintures sont mondialement connues, était avant tout un … dessinateur.

A Bruxelles, la Bibliothèque royale de Belgique (KBR), un des dix établissements scientifiques fédéraux relevant de Belspo (la Politique scientifique fédérale), lève le voile sur cette facette méconnue des talents de l’artiste. C’est le thème de son exposition intitulée The World of Bruegel in Black and White. A l’époque, c’est surtout pour ses dessins que Bruegel était connu, paraît-il…

De très nombreuses estampes de Bruegel et trois dessins originaux issus du Cabinet des Estampes de la KBR attendent les visiteurs. Une occasion exceptionnelle de contempler de près l’œuvre graphique du peintre. Mais aussi de plonger dans les secrets les plus intimes de leur « fabrication ».

L’imagerie moderne jette un autre regard sur des œuvres du 16e siècle

Pour faire parler Bruegel, rien de tel que la Science. Depuis un siècle, plusieurs conservateurs du Cabinet des Estampes ont contribué à préserver de l’oubli les dons de dessinateur du maître. Ils ont effectué des recherches concernant ses estampes et ont consacré des articles et des biographies entières à l’artiste.

Aujourd’hui, c’est au tour du projet « Fingerprint » de faire parler les œuvres. Lancé en 2016 par le Cabinet des Estampes de la KBR et l’Université de Louvain (KULeuven), ce projet de recherche « Brain » vise à observer et à analyser les différentes phases d’élaboration des estampes du maître flamand.

Ensemble, ces deux institutions décortiquent les œuvres de Bruegel au moyen des dernières techniques d’imagerie disponibles. Le processus de composition d’une estampe est ainsi passé au crible, de la table à dessin à l’album du collectionneur. On y examine comment le maître réalisait ses dessins préparatoires, comment les graveurs les reproduisaient ensuite sur les plaques d’impression de cuivre et, enfin, comment les éditeurs continuaient, même bien après la mort de Bruegel, d’imprimer des épreuves des plaques originales.

La Luxure sous la loupe

Les premiers résultats de ce projet de recherche sont, notamment, présentés dans l’exposition. Ils concernent le projet d’œuvre consacré à la luxure, un des sept péchés capitaux illustrés par Bruegel. Le dessin étudié a servi de modèle avant d’être gravé sur une plaque de cuivre. Le voici en lumière naturelle.

Bruegel esquisse Luxuria © KBR

Lorsqu’on passe le dessin sur une table lumineuse, la structure du papier apparaît. Les chercheurs utilisent cette méthode pour étudier les caractéristiques des papiers anciens. Pour Luxuria , on remarque que Bruegel dessinait sur du papier artisanal (fabriqué à la cuve). Les lignes du tamis sont visibles.

L’infrarouge fait parler les encres

L’analyse du dessin sous une lumière infrarouge permet d’étudier l’encre sans abîmer le dessin. Ici, on observe que Bruegel a dessiné Luxuria à l’aide d’un mélange de deux encres : une encre à base de carbone et une encre à base de noix de galle et de sulfate de fer. Sur cette photographie prise à l’aide d’une caméra infrarouge, seul le matériau à base de carbone est visible. Il apparaît que Bruegel a utilisé cette encre noire essentiellement pour accentuer des éléments liés à la composition du dessin afin de leur donner davantage de profondeur.

Détail de Luxuria sous la lumière infra-rouge © KBR

Rayons X et fluorescence 

La fluorescence des rayons X permet de rendre visibles certains métaux contenus dans l’encre. Cette méthode permet notamment de déceler les pigments utilisés. L’image de Luxuria montre que Bruegel utilisait également de l’encre ferro-gallique, car partout, est détecté du fer.

Détail de Luxuria de Bruegel aux rayons X © KBR

Voilà pour le dessin. Reste la gravure. L’étude révèle comment le graveur s’y est pris pour transférer le motif dessiné par l’artiste sur une plaque de cuivre. Il commence par étaler de la craie ou de la poudre au verso de la feuille, puis pose le dessin sur une plaque de cuivre qu’il a enduit d’une couche de cire blanche. Il repasse ensuite les traits du dessin à l’aide d’une pointe d’acier. La transposition ainsi obtenue servira de fil conducteur pour graver l’estampe.

Cette méthode devient apparente lorsque le dessin est pris en photo sous le « microdôme ». Il s’agit d’une coupole munie d’une caméra et de 228 minuscules lampes qui éclairent le dessin chacune à leur tour et sous différents angles. Le dessin est ainsi photographié à 228 reprises. Un logiciel de traitement des images digère ensuite le tout et permet de voir le relief de la feuille. Ce qui permet de distinguer très précisément ce que le graveur a, ou n’a pas, transposé sur sa plaque de cuivre…

Dans les appartements de Charles de Lorraine

Ces explications techniques ne constituent qu’une toute petite partie de l’exposition proposée jusqu’au 16 février 2020 à la Bibliothèque royale sur le maître flamand.

Une exposition qui se déroule dans les espaces d’exposition entièrement rénovés de KBR, mais aussi dans les appartements du Palais de Charles de Lorraine, bâti au 18e siècle.  Ce palais était la résidence à Bruxelles de Charles de Lorraine, gouverneur-général des Pays-Bas autrichiens de 1744 à 1780. Le palais compte cinq salles aménagées dans le style des Pays-Bas autrichiens et de la principauté de Liège au XVIIIe siècle. Une découverte dans la découverte, assurément.

Le libéralisme économique a trahi la pensée de Darwin 

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Qui était Charles Darwin ? Et comment est-il parvenu, petit à petit, à forger sa théorie de l’évolution des espèces ? C’est à ces questions que propose de répondre l’exposition temporaire Darwin, l’original.

Reproduction du Beagle sur lequel Darwin a navigué durant 5 ans
© Arnaud Robin – EPPDCSI

Elle suit, de façon chronologique, l’itinéraire intellectuel et la maturation des idées de Darwin. Né dans une famille bourgeoise en Angleterre en 1809, il est baigné dès l’enfance dans une éducation religieuse qui clame que la nature est l’oeuvre de Dieu. En 1831, il embarque comme naturaliste à bord du Beagle, un navire d’exploration scientifique qui l’emmènera aux quatre coins du monde. Ce voyage durera cinq ans. Suite aux observations scientifiques qu’il fera tout au long de l’expédition, à son travail d’analyse et à sa pensée, il parvient peu à peu à déconstruire ses origines. Son approche scientifique lui permet de comprendre la lente transformation des espèces  au fil des générations et d’en déduire l’absence d’un dieu créateur.

L’exposition  est  agencée selon l’ouvrage phare de Darwin, L’Origine des espèces. « On a transposé la matière première de sa pensée en dispositifs muséographiques variés et didactiques. Cela permet au visiteur de changer de posture et de façon de réfléchir pour rentrer dans la tête de Darwin », explique Christelle Guiraud, commissaire de l’exposition, présentée pour la première fois en 2015 à la Cité des Sciences à Paris.

Trois livres pour une théorie unifiée de l’évolution de la vie sur Terre

Publiés à Londres en 1859, les 1250 exemplaires de L’Origine des espèces sont vendus en une seule journée. Charles Darwin y développe un long argumentaire pour convaincre comment la descendance des êtres vivants se trouve modifiée depuis l’origine, génération après génération, sous l’action d’un mécanisme qu’il nomme sélection naturelle.

A bord du Beagle, il y a 404 livres. Darwin profite de la lenteur du voyage pour les lire les uns après les autres. Ils contribueront à l’élaboration de sa pensée. Ce dispositif muséographique en dit plus sur ces ouvrages © Arnaud Robin- EPPDCSI

Quelque onze ans plus tard, il publie la Filiation de l’homme. « Il met en avant que l’humain est un être vivant parmi les autres. Il est, lui aussi, soumis à la pression de l’environnement et a été sélectionné par sélection naturelle. Les humains et les autres êtres vivants possèdent des caractéristiques et des ancêtres communs. C’est un gros pavé dans la mare à l’époque. C’est accueilli avec pas mal de remous par la société d’alors », précise Christelle Guiraud .

Dans cet ouvrage, il décrit un nouveau mécanisme complémentaire appelé sélection sexuelle. La compétition entre individus pour la reproduction sexuée peut aussi être un facteur majeur d’évolution de certains traits inexplicables dans le seul cadre de la sélection écologique, l’exemple le plus connu cité par Darwin étant celui de la queue du paon.

En 1872, dans l’Expression des émotions chez l’homme et les animaux, Darwin jette les bases de l’éthologie. Il conforte cette continuité entre humains et animaux en mettant en exergue les comportements et les émotions, comme la peur et l’empathie, qu’ils ont en commun.

Libéralisme économique et eugénisme : ces deux idées ont détourné la pensée de Darwin

La pensée de Darwin a été moult fois trahie. Le darwinisme social en est l’un des plus flagrants exemples. Cette doctrine politique évolutionniste du XIXe siècle, dont le sociologue Herbert Spencer fut à l’origine, postule que la lutte pour la vie entre les hommes est l’état naturel des relations sociales. Elle préconise de supprimer les institutions et comportements qui font obstacle à l’élimination des humains les moins aptes et à la survie des plus aptes. Spencer prône ainsi la dérégulation économique pour « améliorer l’espèce humaine ». Mais, selon la théorie de Darwin, la sélection naturelle transforme les espèces sur le très long terme, elle ne les améliore pas.

Autre usurpateur de la pensée de Darwin, Francis Galton, le père de l’eugénisme.

« Ils s’appuient tous deux sur le « Struggle for life » (« la lutte pour l’existence ») qu’ils traduisent en « la loi du plus fort » . Mais, selon Darwin, qui l’explique très bien dans son ouvrage Filiation de l’homme, l’être humain est plutôt faible car, il est, entre autres, très dépendant à sa naissance et met du temps pour être autonome. Si l’humain a finalement été sélectionné par la sélection naturelle, c’est pour ses capacités d’empathie, mais aussi pour ses instincts sociaux et de coopération qui sont très forts. Darwin montre que, concernant les humains, ce n’est pas du tout la loi du plus fort qui s’exprime », poursuit la commissaire de l’exposition.

Eveiller l’esprit critique

Après cette mise au point qui remet les idées en place, on revient au temps présent pour explorer les sciences contemporaines de l’évolution. En 2019, la théorie de Darwin est toujours stable. L’exposition se termine par une rencontre intime avec le savant anglais. On le découvre humaniste, anti-esclavagiste, père très impliqué auprès de ses 10 enfants et travailleur sans relâche fuyant les mondanités.

L’exposition se tient jusqu’au 2 février 2020. Elle est accueillie à la Cité Miroir par le Centre Laïque de la Province de Liège. En parallèle à Darwin, l’original, celui-ci présente son exposition Tous croyants ? qui propose d’éveiller l’esprit critique de chacun sur les thèmes des croyances et  de la rationalité.

Un bébé grâce à l’hypnose

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Scott a cinq mois. Quand elle parle de son petit garçon, Méline affiche un large sourire. Son bébé, elle a pu finalement le concevoir et le mettre au monde grâce à la procréation médicalement assistée (PMA) proposée à l’Unité de fécondation in vitro des Cliniques universitaires Saint-Luc (UCLouvain), à Bruxelles. Mais aussi, grâce à l’utilisation de l’hypnose lors de certains actes médicaux a priori générateurs de stress ou d’anxiété.

« J’ai eu recours à la PMA après m’être rendue compte que quelque chose n’allait pas alors, qu’avec mon mari, nous avions décidé de faire un enfant », explique Méline, 28 ans. « Six mois après l’arrêt de la contraception, j’avais toujours un problème de règles. Nous nous sommes adressés à l’Unité de fécondation in vitro des Cliniques Saint-Luc. Notre parcours médical est passé par diverses étapes : la stimulation ovarienne, la ponction d’ovocytes, la fécondation in vitro ».

Réduire le niveau de stress

« Ces actes médicaux sont des épisodes stressants pour les femmes qui y ont recours », indique la professeure Céline Pirard, du Service de gynécologie et andrologie des Cliniques universitaires Saint-Luc. « Diverses études ont montré que le niveau de stress chez les couples qui optent pour une PMA est aussi élevé que chez les patients qui suivent un traitement contre le cancer. Or, nous savons que le stress peut avoir un impact négatif sur la reproduction. C’est pour réduire ce stress que nous avons mis en place une série d’actions spécifiques au sein de notre unité ».

Il y a tout d’abord les nouveaux locaux intégrés. Plus besoin de courir d’un étage de l’hôpital à l’autre pour suivre un traitement de PMA. Tout est désormais centralisé dans une même unité où on accède via une porte extérieure à l’hôpital. Il y a ensuite l’écoute et l’accompagnement des patientes par un personnel formé et attentif à cette dimension psychologique. On parle ici de communication thérapeutique. « Cette communication implique d’employer en permanence un langage bienveillant de manière à améliorer le vécu des patients durant les prises en charge », indiquent les médecins.

Il y a aussi le recours à l’hypnose lors de certains actes médicaux, comme la ponction d’ovocytes ou le transfert d’embryons.

Oublier l’hôpital

Pour Méline, le recours à l’hypnose ne s’imposait pas d’emblée. « C’est mon mari qui m’a convaincue d’essayer », explique la jeune mère. « Vingt minutes avant d’entrer en salle d’opération, une infirmière m’accompagnait et me suggérait d’imaginer des endroits où j’aimais bien me retrouver, des situations qui me faisaient particulièrement plaisir. Dans la salle d’opération, je devais me concentrer sur l’oxygène qu’on me dispensait via un masque, et sur ma respiration. Je restais consciente, mais je fermais les yeux. Cela me permettait de me détacher de l’environnement médical dans lequel je baignais. Je n’étais pas concentrée sur la douleur liée à l’acte médical. Tout au long de l’intervention, une infirmière m’accompagnait et me parlait doucement à l’oreille, me suggérant des images, des situations qui me faisaient oublier où j’étais ».

Au final, l’intervention d’une trentaine de minutes passe rapidement pour Méline. « Je suis sortie sereine et détendue de cette intervention », se souvient-elle.

La jeune femme a en réalité connu deux épisodes de ponctions sous hypnose. Sa satisfaction a été telle que lorsqu’elle a pu entamer une grossesse, elle a continué à avoir recours à l’hypnose pour se préparer à l’accouchement. « Cela a été très utile pour gérer tout ce qui est lié aux contractions », confie-t-elle encore.

La réalité virtuelle à la rescousse

L’hypnose pratiquée aux cliniques Saint-Luc lors de PMA n’est pas la seule technique alternative utilisée pour tenter de réduire le niveau d’anxiété et de stress des patientes. Ce qui est de nature à augmenter les taux de grossesse. Depuis un an et demi, une étude sur la pertinence d’utiliser un casque de réalité virtuelle pour apaiser les patientes est également en cours.

« Notre but est de déterminer si l’usage de cette réalité virtuelle via une séance de 20 minutes avant d’entrer en salle de ponction, améliore le confort des patientes. Nous voulons évaluer si cela leur amène un moindre stress et si, par la suite, cela améliore leur chance d’initier une grossesse », explique la Pre Pirard.

« Nous espérons mener cette étude sur 600 femmes âgées de 18 à 42 ans », dit-elle encore. « À ce stade, nous en avons déjà recruté 300. Une première évaluation réalisée sur une centaine de patientes montre des résultats encourageants ».

Les chiffres présentés sont à prendre avec des pincettes, mais ils sont intéressants. Cette première évaluation intermédiaire montre que les femmes qui ont bénéficié de la réalité virtuelle ont davantage été positives lors d’un test de grossesse. Une tendance qui se confirme, mais dans une moindre mesure, chez les femmes qui ont bénéficié d’une PMA et qui en sont arrivées à douze semaines de grossesse. Et ce, par rapport à un groupe de femmes qui n’a pas eu accès à cette technique de relaxation. “Pour le bilan définitif de cette étude, il faudra encore attendre quelques mois », prévient Céline Pirard.

Lutter contre le stress et l’anxiété lors d’une procréation médicalement assistée semble bien porter des fruits.

Scott, aura-t-il un jour un petit frère ou une petite soeur? Pour Méline, la réponse à cette question est évidente. « J’ai encore trois embryons au congélateur », dit-elle. Pour elle, c’est clair, l’avenir ne se conçoit pas sans d’autres enfants. Avec un recours à l’hypnose, bien entendu.

L’innovation n’est pas que technologique, elle peut aussi être sociale

Durée de lecture : 6 min

La pauvreté et l’exclusion sociale touchent 17 % de la population européenne. A ce défi sociétal, s’en ajoutent d’autres : changements climatiques, raz-de-marée des technologies de l’information, fracture sociale et vieillissement de la population. Pour leur faire face tout en favorisant le mieux-être des individus et des collectivités, les espoirs se cristallisent sur les innovations sociales.

Germaine Tillion a donné son nom à un programme de recherche pionnier

« Nous avons besoin de changements qui améliorent le bien-être de notre société et permettent de rencontrer les défis économiques tout en respectant l’environnement. Favoriser les démarches de recherche et développement et d’innovation sociale en réponse aux défis majeurs de notre société, c’était l’objectif principal du programme Germaine Tillion », explique Ir Isabelle Quoilin, Directrice générale du SPW Economie, Emploi et Recherches.

Pre Francesca Petrella (c) SC/Olivier Giljean/SPW

Près de 9 millions d’euros pour l‘innovation sociale

Ce programme était le tout premier dédié exclusivement à cette thématique à être financé par la Wallonie. Entre 2013 et 2018, une enveloppe de près de 9 millions d’euros a été partagée entre 13 projets d’innovations sociales menés par des chercheurs d’universités et de hautes écoles.

L’innovation sociale, de quoi parle-t-on exactement ? « S’il n’y a pas de définition stabilisée, on peut toutefois dire que c’est un système d’innovation territorialisé, inclusif, participatif pour répondre aux besoins sociaux. Il peut être macro, micro ou structurel, produit par le secteur privé ou le secteur public, porté par un individu ou un collectif », explique Pre Francesca Petrella.

Après un doctorat en sciences économiques à l’UCLouvain, elle poursuit sa carrière de chercheuse au sein du laboratoire d’économie et de sociologie du travail de l’unité conjointe du CNRS et de l’Université d’Aix-Marseilles. Elle a fait part de son expertise et de ses réflexions lors du récent colloque de clôture du programme Germaine Tillon.

Les innovations sociales comme solutions à la crise

« En caricaturant, on peut dire que l’expression « innovation sociale » a été créée suite à la crise financière de 2008. Tout d’un coup, les partenaires publiques, de tous niveaux, ont souhaité trouver des idées brillantes et innovantes afin de sortir de la crise et de répondre à tous les besoins sociaux et sociétaux peu ou mal satisfaits par les structures existantes. Cela, en maîtrisant les dépenses publiques. Autrement dit, il fallait faire mieux avec moins de budgets. Des chercheurs se sont alors intéressés à la créativité du secteur privé pour développer ces nouvelles réponses aux besoins sociaux et sociétaux », analyse Pre Petrella.

« Cela s’inscrit dans une dynamique plus large où l’on se dit que tout baser sur le progrès technique n’est peut-être pas la meilleure solution. »

Innovations sociales versus innovations technologiques

Il a fallu attendre le manuel d’Oslo en 2005 pour reconnaître que l’innovation n’était pas que technologique, mais qu’elle pouvait aussi être sociale.

Trois grands points sont partagés par les innovations sociales et technologiques. Toutes deux cherchent à résoudre des problèmes. Après avoir identifié un produit ou un service plus ou moins en rupture avec l’état actuel des choses, elles demandent de définir une approche pour aller vers cette solution. Enfin, elles ont besoin que la population s’approprie cette innovation.

Quel partage sociétal de la valeur créée par les innovations sociales?

« A ces similitudes répondent un grand nombre de facteurs de différentiation, particulièrement sur la dynamique créée par les innovations sociales. Celles-ci reposent sur un apprentissage collectif et organisationnel. Elles supposent un enrôlement des parties prenantes et de multiples partenariats. Sur le terrain, il faut parvenir à piloter ces innovations impliquant une diversité d’acteurs. La gouvernance partenariale est primordiale.»

L’incitation de départ des innovations sociales est plutôt sociétale que liée au marché : elles sont faites pour et par la société. « Se pose aujourd’hui la question du partage de la valeur créée par les innovations sociales : comment retombe-t-elle sur la société ? S’agit-il vraiment d’un retour vers la société ?», interroge la spécialiste de l’économie sociale et solidaire.

Vers un changement sociétal issu d’un processus participatif

« Une innovation sociale n’a pas nécessairement de contenu technologique. A l’opposé, on entend souvent que telle innovation technologique a un impact social et sociétal important. Dès lors, est-ce de l’innovation sociale ? Pour le déterminer, on doit s’intéresser à la manière dont on est arrivé à ces innovations technologiques. Rares sont celles qui reposent sur un processus participatif. »

A noter également que les innovations sociales sont souvent le fruit d’incrémentations sur le terrain. Elles paraissent souvent banales, de faible ampleur, bien moins spectaculaires qu’une innovation technologique qui transcenderait le monde.

La finalité des innovations sociales, quant à elle, n’est rien de moins qu’une transformation sociétale. Ses objectifs étant multiples et hétérogènes, il est bien plus difficile de mesurer l’impact d’une innovation sociale que celui d’une innovation technologique à l’objectif unique et précis.

Moderniser les politiques publiques …

Du point de vue de la littérature, l’innovation sociale est utilisée de manière plurielle. L’équipe de recherche de Francesca Petrella en a identifié trois usages, lesquels peuvent se combiner entre eux.

L’innovation sociale est un outil de modernisation des politiques publiques. Le projet WISDOM, mené par l’UCLouvain et financé à hauteur de 583.000 euros par le programme Germaine Tillion, en est un bon exemple.

« Ce projet est parti du constat de la nécessité de repenser la question de l’accueil des personnes âgées en Wallonie. Le transfert vers les entités fédérées de certaines compétences liées notamment au financement des maisons de repos et de soins, dans un contexte budgétaire difficile, nécessitait de soutenir et de systématiser des propositions plus innovantes de prise en charge de la dépendance qui visent à maintenir les personnes âgées plus longtemps dans leur milieu de vie », explique Florence Degavre, professeure à la Fopes, Faculté ouverte de politique économique et sociale de l’UCL et chercheuse au Centre interdisciplinaire de recherche Travail-Etat-Société.

… jusqu’à restreindre leur engagement ?

Le but de cette recherche partenariale multidisciplinaire était d’analyser les innovations sociales dans l’accompagnement à domicile des personnes âgées en Wallonie. Mais aussi d’améliorer l’efficacité des politiques publiques en matière de soins à domicile en prenant en compte la réduction des budgets publics.

« L’interaction entre action publique et innovation sociale est délicate. Si elle peut encourager la créativité via des partenariats avec des acteurs privés, le risque est que l’innovation sociale se substitue finalement à des missions de service public. Il faut veiller à ce qu’elle ne soit pas instrumentalisée par les pouvoirs publics » , alerte Pre Francesca Petrella.

Un moteur pour l’entrepreneuriat social et un levier de transformation sociale

Dans la littérature, l‘innovation sociale est également vue comme un moteur de l’entrepreneuriat social avec une dimension individuelle ou collective. « Ce n’est pas juste une amélioration des services publics, il y a aussi une idée forte d’entreprendre des idées nouvelles. Il existe un lien solide entre entreprise sociale et innovation sociale », poursuit-elle.

L’innovation sociale peut aussi être considérée comme un levier de transformation sociale avec la participation élargie des acteurs.

Enfin, la littérature amène à réfléchir sur ce qui s’apparente à une controverse : quand on permet aux plus pauvres d’avoir accès à un marché, est-on dans l’innovation sociale ou est-ce juste une vision très large d’une nouvelle forme de coopération entre acteurs sur un territoire ?

 

Plus de méditation, moins de médications

Durée de lecture : 4 min

Il y a quatre ans, le Pr Steven Laureys a commencé ses recherches sur la méditation avec Matthieu Ricard, docteur en biologie moléculaire et moine bouddhiste. Connu pour ses investigations sur les états de conscience, le responsable du Centre du cerveau au CHU de Liège présente ses conclusions dans «La méditation, c’est bon pour le cerveau» aux éditions Odile Jacob.

«Je suis encore élève amateur en méditation, mais en tant que scientifique, je suis convaincu que la méditation peut contribuer à une meilleure santé mentale et à une meilleure qualité de vie», raconte le directeur de recherche F.R.S.-FNRS. «Tout le monde peut en tirer profit à condition de s’y ouvrir. Il suffit de suivre un atelier ou un cours organisé par un professionnel qualifié, d’installer une bonne application sur son smartphone, de lire un livre avec un guide audio ou de regarder une vidéo sur Internet pour démarrer son propre programme de bien-être mental.»

“La méditation, c’est bon pour le cerveau” par Dr Stevens Laureys. Editions Odile Jacob – VP 21,90 euros – VN 15,99 euros.

Les bienfaits d’une méditation profane

Steven Laureys dirige le Coma Science Group au Giga, l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences biomédicales de l’ULiège. Il n’est pas devenu bouddhiste en fréquentant Matthieu Ricard. Cependant, il est persuadé qu’une méditation profane peut être complémentaire à la médecine moderne occidentale.

«Les effets précis sur le cerveau et sur les autres parties du corps ne sont connus que partiellement», reconnaît le chercheur. «Mais il existe suffisamment d’études qui en démontrent directement, ou indirectement, les nombreux bienfaits. Moins de pensées négatives, moins de ressassements, moins de stress. Un meilleur sommeil, de meilleures défenses immunitaires, une hypertension en baisse, des douleurs atténuées, des rechutes dépressives évitées… La liste est longue. Et il existe très peu de risques ou d’effets secondaires négatifs.»

Zoom sur le cerveau d’un moine très entraîné

Méditer, c’est consacrer son attention au fonctionnement, à la santé de son cerveau et de sa conscience. Pour essayer de mieux en comprendre les mécanismes. Et avoir une plus grande sensation générale de bien-être psychologique.

Tout commence par la respiration. Lorsque le septuagénaire Matthieu Ricard focalise son attention sur sa respiration avec le crâne garni de plus de 250 électrodes au laboratoire du CHU de Liège, l’électroencéphalographie (EEG) montre une augmentation considérable de l’activité. Et de la connectivité des ondes alpha associées à un état de détente, de réduction de l’anxiété, d’atténuation des troubles du sommeil.

Les dizaines d’études d’imagerie par résonance magnétique (IRM) indiquent des changements significatifs du fonctionnement et de la structure de l’hippocampe, déterminant pour la mémoire et les émotions. Du cortex insulaire, important notamment pour la perception et le contrôle de signaux et de stimuli internes, y compris la douleur. Du cortex cingulaire antérieur, décisif au niveau du contrôle de l’attention. Et du cortex cérébral préfrontal, fondamental dans la prise de décisions.

La méditation peut se pratiquer partout

Dans son livre, Steven Laureys propose des exercices, des techniques, des astuces. Pour méditer dans le calme pendant des heures. Ou se limiter à inspirer, expirer en pleine conscience. Chez soi, dans le bus, lors d’un embouteillage, au travail. Dans l’enseignement, pendant les compétitions sportives, derrière les barreaux…

Pour commencer, il ne s’agit pas de se focaliser sur la respiration. Mais sur un objet visible ou sur des stimuli extérieurs. D’écouter attentivement les bruits, les yeux fermés. D’utiliser son odorat. De s’ouvrir aux souvenirs, aux émotions qui reviennent à l’esprit. De les laisser passer puis de se concentrer de nouveau sur un stimulus sensoriel afin de se focaliser sur les stimuli de l’instant présent.

Tout est dans la régularité

Le neuropsychiatre prescrit des séances de méditation ou de pleine conscience aux patients qui luttent contre les maux de tête, la douleur, la dépression, l’anxiété, les troubles du sommeil… Il les oriente vers un psychologue qualifié ou vers un groupe MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction) basé sur la pleine conscience, qui prévoit un programme de 9 séances. De quelques heures à une journée, pendant 8 semaines.

Réaliste, le Pr Laureys félicite les personnes qui se livrent déjà à 2 séances de méditation chaque jour. «Souvent, les experts en méditation comme Matthieu conseillent de commencer par 5 ou 10 minutes, en allongeant progressivement la durée des séances. Fondamentalement, un court entraînement répété suffit à induire des changements significatifs. Tout est dans la régularité.»

A l’ULiège, l’asthme livre peu à peu ses secrets

Durée de lecture : 3 min

Certains environnements dits pro-allergiques favorisent le développement de l’asthme et sont responsables de l’augmentation fulgurante de la prévalence de cette affection, particulièrement dans les pays industrialisés. Des chercheurs du GIGA (Centre interdisciplinaire de recherche biomédicale ) de l’Université de Liège ont identifié la façon dont ces environnements particuliers agissent sur le système immunitaire pulmonaire, conduisant au développement de l’asthme allergique.

Ces dernières décennies, l’asthme est devenu un problème de santé publique majeur. L’augmentation exponentielle des cas d’asthme dans les pays industrialisés observée ces cinquante dernières années est due à des changements majeurs de notre environnement. Parmi ces facteurs environnementaux, citons l’hygiène excessive, la pollution de l’air ambiant ou encore les infections virales respiratoires. Jusqu’alors, le mécanisme par lequel ces environnements particuliers induisaient le développement de l’asthme était inconnu.

Les coupables ? Des neutrophiles

Dans une étude, les équipes des professeurs Thomas Marichal, chercheur qualifié FRS-FNRS au sein du laboratoire d’Immunophysiologie (GIGA-ULiège) ainsi qu’investigateur Welbio (Walloon Excellence in Life Sciences and Biotechnology)  et ERC, et Fabrice Bureau, investigateur Welbio, ont mis le doigt sur un acteur totalement inattendu qui représente un dénominateur commun aux différents environnements pro-allergiques : des neutrophiles particuliers, recrutés dans le poumon, sont responsables de la sensibilisation allergique et du développement de l’asthme.

Cette découverte permet d’envisager de nouvelles options thérapeutiques dans la prévention et le traitement de l’asthme allergique.

Des souris pour comprendre le développement de l’asthme

Coraline Radermecker, première auteure de l’étude, a tout d’abord développé trois modèles d’asthme chez la souris induit par des environnements pro-allergiques : un excès d’hygiène, une exposition à l’ozone (un polluant atmosphérique) et une infection au virus de la grippe (influenza).

Dans ces trois modèles, seules les souris exposées aux environnements pro-allergiques et ensuite exposées à des acariens, allergènes majeurs chez l’homme, ont développé les symptômes de l’asthme allergique.

La chercheuse et ses collègues ont ensuite observé le recrutement de cellules immunitaires innées particulières, les neutrophiles, uniquement dans les poumons des souris exposées aux environnements pro-allergiques. Ces neutrophiles, une fois dans le poumon, libèrent leur ADN, provoquant une inflammation propice au développement d’une réponse allergique telle que l’asthme.

De manière surprenante, lorsque les souris exposées aux environnements pro-allergiques sont traitées avec des composés empêchant le recrutement de ces neutrophiles ou la libération de leur ADN, elles sont protégées contre le développement de la maladie.

L’espoir d’un futur médicament pour empêcher l’apparition de l’asthme

Une étude récente a identifié ce même type de neutrophiles particuliers dans le sang d’une population d’agriculteurs américains, les Hutterites, exposés à un très haut taux d’hygiène et présentant une très forte prévalence d’asthme allergique. Cette dernière suggère que ces neutrophiles sont aussi présents chez l’homme et pourraient être impliqués dans l’apparition de l’asthme chez l’homme.

Enfin, une molécule déjà utilisée en médecine humaine dans le cadre du traitement de la mucoviscidose, le pulmozyme, pourrait être utilisée pour détruire l’ADN libéré par les neutrophiles et empêcher l’apparition de l’asthme chez les personnes exposées à des environnements à risque.

Récemment, des chercheurs de l’ULiège, sous la direction des Pr Fabrice Bureau et Thomas Marichal, ont récemment découvert que les macrophages interstitiels pouvaient prévenir le développement de l’asthme. Ces cellules, jusqu’alors peu étudiées, constituent elles aussi une cible potentielle dans le développement de thérapies contre les maladies respiratoires à médiation immunitaire telles que l’asthme.

L’ULB exhume des trésors gaulois à Thuin

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Une épée, une ceinture d’apparat, des fragments de céramiques, des pièces en or… Les fouilles menées depuis deux ans par les archéologues de l’Université libre de Bruxelles au Bois du Grand Bon Dieu, à Thuin, ont livré une belle collection d’objets datant de l’Âge du Fer.

« Aujourd’hui, nous estimons que l’occupation celtique du site s’est étendue de -75 à -25 avant J.C. environ », souligne l’archéologue Nicolas Paridaens, du Centre de Recherches en Archéologie et Patrimoine (CReA-Patrimoine) de l’ULB, qui dirige les fouilles menées depuis 2018 à Thuin.

Avant cela, comme en attestent des silex taillés provenant de Spiennes, et qui ont également été retrouvés à Thuin, le site avait déjà été occupé à l’époque néolithique. « Quasi 300 outils en silex et plusieurs centaines d’éclats ont été récoltés lors des campagnes de fouilles en 2018 et en 2019 », indiquent les archéologues.  « Ces objets se rattachent tous à une époque bien précise du Néolithique appelée le «Michelsberg» (4300/4200 à 3700/3600 av. J.-C.). Il s’agit principalement de haches et d’herminettes polies, de grandes lames retouchées, de percuteurs, d’armatures de flèches, de tranchets et de grattoirs ».

Un oppidum celtique à protéger

C’est la seconde période d’occupation du site, au premier siècle avant J.C., qui retient l’attention. Dans les années 1980, le site avait déjà livré un trésor en statères, des pièces de monnaie gauloises en or, qui datent du premier siècle avant notre ère. Ces pièces sont désormais conservées au Musée Art & Histoire, à Bruxelles.

Depuis, le Bois du Grand Bon Dieu n’avait plus été étudié par des scientifiques. « Par contre, des pillards semblent bien l’avoir régulièrement écumé. De nombreuses pièces archéologiques ont sans doute disparu », estime Nicolas Paridaens.
C’est en vue de protéger ce patrimoine archéologique et de recontextualiser les découvertes anciennes issues du Bois du Grand Bon Dieu que l’Université libre de Bruxelles a entamé ce nouveau programme de recherches, en partenariat avec l’Agence wallonne du Patrimoine et la Ville de Thuin. En deux ans, neuf zones de fouilles ont été ouvertes sur le plateau.

Et le sol a réservé quelques belles surprises aux chercheurs. On notera cette épée gauloise d’apparat en fer munie d’un manche en bronze. Particulièrement bien conservée, cette arme celtique a été retrouvée dans un état de conservation remarquable. La lame en fer est complète et mesure environ un mètre.

« La poignée est composée d’une succession de disques en alliage cuivreux », indique Nicolas Paridaens. « Il semble que cet objet prestigieux ait été déposé de façon rituelle sur le site ».

L’épée celtique retrouvée au Bois du Grand Bon Dieu n’est pour l’instant pas exposée à Thuin. Elle fait encore l’objet de travaux de conservation. © Christian Du Brulle

Les restes d’une ceinture celtique en métal avec inclusions de verre fondu ont également été mis au jour. « Cette chaîne-ceinture en alliage de cuivre (bronze) et incrustations d’émail rouge est un objet celtique exceptionnel », décrivent les archéologues. « Ce type de ceinture terminé par des agrafes représentant des animaux est une parure prestigieuse fréquemment retrouvée dans les riches tombes féminines gauloises du milieu et de la fin de l’âge du Fer (3e-1er siècle av. J.-C.). À Thuin, elle n’est pas associée à une sépulture. Elle semble plutôt avoir été déposée comme offrande ».

Agrafe zoomorphe de la ceinture celtique de Thuin (voir photo de Une pour la ceinture complète) © ULB

Des statères en or ont également été découverts. Ils correspondent pour la plupart à un type de pièce gauloise bien connu dit « à l’epsilon ». Ces monnaies sont attribuées à la tribu gauloise des Nerviens et semblent avoir circulé entre 90 et 50 av. J.-C. On remarque sur l’une d’elles la figure d’un cheval ainsi qu’une rouelle.

Statères découvertes lors des fouilles menées par l’ULB au bois du Grand Bon Dieu. © Christian Du Brulle

Enfin, les fragments de poteries sont attribués à la période gauloise. La pièce reconstituée présentée dans l’exposition temporaire au centre Culturel de Thuin est un vase à provisions typique des poteries du 1er siècle av. J.-C », indique Céline Paquet, chercheuse au CReA-Patrimoine, de l’ULB.

Pot à provision gaulois découvert à Thuin. © Christian Du Brulle

Guerre des Gaules

Les chercheurs ont aussi eu la surprise de découvrir 18 « balles de fronde » romaines, en plomb, sur ce site.
La présence de ces projectiles romains signifie-t-elle qu’un épisode de la Guerre des Gaules s’est déroulé ici? Les chercheurs du Centre de Recherches en Archéologie et Patrimoine (CReA-Patrimoine) de l’ULB estiment que cet indice unique est bien trop faible pour pouvoir l’affirmer. Et ce, même si Jules César, dans le récit de ses conquêtes, décrit un site gaulois dont la disposition rappelle étrangement celui du Bois du Grand Bon Dieu.

Balles de fronde romaines, en plomb originaire d’Espagne. © Christian Du Brulle

Une citadelle naturelle

« Le site du Bois du Grand Bon Dieu est planté sur un promontoire de 13 hectares surplombant la Biesmelle, un affluent de la Sambre. Il est défendu naturellement par des versants abrupts sur quatre de ses cinq côtés. La fortification est fermée sur son dernier côté par un rempart constitué d’un fossé et d’une levée de terre de 3 m de haut encore conservée sur 40 m », expliquent les archéologues de l’ULB.

Et voici ce que décrit Jules César:  « Les Atuatuques réunirent tous leurs biens dans une seule place que sa situation rendait très forte. De toutes parts autour d’elle, c’étaient de très hautes falaises d’où la vue plongeait sauf sur un point où s’ouvrait un accès en pente douce qui n’avait pas plus de deux cents pieds de large : un double mur fort élevé défendait cette entrée, et ils le couronnèrent alors de pierres d’un grand poids et de poutres taillées en pointe ». (César, Guerre des Gaules)

La ressemblance est troublante. Mais elle ne convainc pas les chercheurs de l’ULB. Aucun vestige de siège romain du site n’a été détecté dans les environs de l’oppidum gaulois. De plus, il semble que les balles de plomb romaines (fondues au départ de plomb espagnol. L’Espagen était alors une province romaine), soient plus récentes que celles utilisées lors de la Guerre des Gaules.

Atuatuques ou Nerviens? 

Alors, à quoi servait cet oppidum? Et à quelle tribu gauloise?  A ce jour, le site n’a pas livré de traces d’habitations, ni de sépultures. Ce qui fait dire aux archéologues qu’il devait principalement être utilisé comme lieu de réunions et de festivités par les populations gauloises de l’époque. La céramique témoigne quant à elle de fêtes où l’on consommait de la nourriture et des boissons.

La société gauloise, qui vivait en village, se structurait lors de fêtes communautaires, dans des endroits publics délimités par des fossés ou des fortifications, souvent au sein des oppida. Cela pourrait avoir été le cas du Bois du Grand Bon Dieu.

Quant aux occupants des lieux,  les archéologues de l’ULB pensent que la fortification de Thuin était utilisée par les Nerviens plutôt que par les Atuatuques, comme l’écrit Jules César (si toutefois, il s’agit bien du même site) et comme on le pensait jusqu’à présent. En réalité, Thuin se situe ici à la limite du territoire des deux tribus: Nerviens à l’Ouest et Atuatuques à l’Est. Le débat et les fouilles sont loin d’être terminés. Une troisième campagne de fouilles est programmée pour l’an prochain.

Quelques-unes des pièces découvertes lors de ces deux années de fouilles sont présentées au Centre culturel de Thuin tout au long du mois d’octobre. Elles seront ensuite confiées au Musée royal de Mariemont.

Un tissu naturel en chanvre wallon

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Diversifier les débouchés pour les cultivateurs de chanvre tout en développant une filière textile en Wallonie, voilà l’objectif du projet de recherche mené par Valbiom et financé durant 5 ans par la Wallonie. Depuis le 1er juillet 2019, cette asbl est mandatée par le Gouvernement wallon pour coordonner les actions liées au développement de la filière chanvre en Wallonie.

La mise au point de textiles à base de chanvre n’est pas un pari gagné d’avance. Pendant plusieurs décennies, la culture du chanvre a été interdite dans notre contrée. Le savoir-faire artisanal, lié à la transformation textile de cette plante, s’est perdu. Les entreprises de transformation du textile se font désormais rares et peu voire pas adaptées au chanvre d’un point de vue technologique. Le défi est de taille.

Manteau en chanvre wallon, création de Marie Anne Dujardin ©Marie Anne Dujardin

Un premier prototype de tissu wallon

Durant les six derniers mois, Valentine Donck, chargée du projet Fibres Textiles chez Valbiom, a affiné le prototype qui avait été précédemment mis au point par l’asbl Chanvre wallon. « Le premier tissu en fibres naturelles né sur le sol wallon est un mélange. Le tissu écru, c’est-à-dire non blanchi et non teint, est composé d’un tiers de chanvre wallon, d’un tiers de laine locale – provenant du nord de la France, de Belgique et de Hollande – et d’un tiers de lin wallon. »

« Avec un peu plus de 350 g/m², il est assez épais. C’est un tissu d’ameublement, qui peut également servir à la conception d’accessoires, comme un coussin ou un sac à dos de ville, mais aussi de manteaux. » Comme la création de Marie Anne Dujardin, présentée récemment au MAD- Brussels Fashion and Design Platform.

Une première production timide

La première production de tissu wallon en fibres naturelles est volontairement limitée, recherche en cours oblige. A peine 200 mètres de tissu écru et 90 mètres de tissu chiné bleu sont sortis des ateliers. « L’idée était de montrer des exemples d’applications, pas de lancer directement une commercialisation à large échelle », indique la chargée de projet Fibres Textiles chez Valbiom, asbl œuvrant pour le développement d’une économie circulaire et durable.

Une partie du tissu produit est destiné à des écoles de stylisme. « Des étudiants vont intégrer cette matière dans leurs cours pratiques. Comme ceux de la section Ecodesign de la haute école Francisco Ferrer et ceux du master en mailles de l’Académie royale des beaux-arts. On leur donnera des explications sur le chanvre, comment il se travaille, quel est son intérêt, etc. Par ailleurs, certains étudiants réaliseront un travail sur le chanvre en explorant d’autres pistes comme le chanvre non-tissé. Nous allons pouvoir mélanger nos idées et évoluer ensemble. »

Les recettes paieront les prochains tests de conception

Les citoyens qui souhaitent acheter un pan de ce tissu du terroir peuvent se rendre dans l’un des cinq points de vente en Wallonie et à Bruxelles. Quant aux designers et autres personnes souhaitant une quantité grossiste, ils doivent passer par Valbiom.

« Les recettes de la vente du tissu vont nous permettre de faire d’autres essais de conception de tissu à partir de fibres de chanvre. On est au tout début du processus, poursuit-elle. Notre premier prototype est intéressant, mais il n’est pas polyvalent. Il ne convient pas pour la confection de t-shirts ou de différentes sortes de jupes. On doit encore progresser dans la recherche. »

Champ de chanvre wallon ©Valbiom

Un nouveau mode de culture du chanvre pour des fibres plus longues ?

Pour créer de longues fibres conduisant à un tissu et à des fils très fins, il faudra très probablement cultiver le chanvre comme on le fait avec le lin. Afin que les machines puissent les récolter, les tiges, toutes d’une certaine longueur, doivent être couchées parallèlement sur le champ. Cette disposition est cruciale pour façonner des bottelées particulières, mais aussi pour les installations de teillage qui séparent la fibre de la tige.

« Travailler le chanvre comme le lin est une piste très intéressante. Mais cela exigera de semer des variétés particulières, avec une densité particulière et une moissonneuse spéciale, que l’on n’a pas. Par contre, des installations de teillage de lin existent, on pourrait imaginer y traiter le chanvre. On essaie, avec les installations industrielles existantes, en Belgique et dans les pays limitrophes, de faire au mieux et de diversifier les débouchés du chanvre », explique Valentine Donck

Et d’ajouter, « on a des prémisses de contacts avec des industriels. Au niveau européen, face à la concurrence asiatique, ils s’intéressent à inclure le chanvre dans leur offre. »

Le large panel de débouchés du chanvre

Les atouts du chanvre sont multiples. Cette plante, cousine du cannabis, mais dénuée de psychotropes, est un puits à carbone. Elle a une croissance rapide, produit une grande quantité de biomasse et bien adaptée à notre climat. De plus, elle nettoie les sols et n’a nullement besoin de traitement pesticide contre les maladies ou les ravageurs. Par ailleurs, outre le textile, ses débouchés embrassent des domaines aussi variés que l’alimentation, la construction et l’automobile.

Avec leur goût de noisette, les graines de chanvre, entières ou décortiquées (voire torréfiées), entrent dans l’alimentation humaine pour égayer salades, viandes ou yaourts. Les animaux, oiseaux, poissons et chevaux en sont aussi friands. Au départ de ces graines bios, PurChanvre (Neufchâteau) fait aussi de l’huile.

Isolation des habitations et plasturgie automobile

Avec la fibre (extérieur des tiges) de chanvre, outre du fil et du tissu, on confectionne des panneaux isolants écologiques pour la construction. Le pouvoir d’isolation acoustique du chanvre est meilleur que celui des laines minérales, bien que moins bon en isolation thermique. Le chanvre est plus résistant à l’humidité et plus sain lors du placement. Aussi la chènevotte (soit l’intérieur des tiges que l’on broie) peut être déversée en vrac dans les caissons des combles ou mélangée avec de la chaux et de l’eau pour faire un béton de chaux-chanvre. Isohemp à Fernelmont en fait des blocs préfabriqués.

Autre débouché : la plasturgie automobile. Les fibres de chanvre renforcent et allègent les éléments composites en plastique de l’arrière du coffre et dans les portières. L’usage des fibres naturelles permet un gain de 25 voire 30% en poids, intéressant pour un secteur qui doit produire des véhicules plus légers émettant moins de CO2.

Le numérique en renfort des digues fluviales

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Avec trois fleuves et plus de cinquante rivières, la Belgique n’est pas à l’abri des inondations. Les rives de certains cours d’eau canalisés sont particulièrement exposées en cas de fortes précipitions. On parle de risques de « surverses ». Ces débordements peuvent rapidement conduire à la rupture des digues fluviales, aggravant du même coup l’inondation.

Carte des bassins hydrographiques belges – source FWB

Afin de mieux comprendre, et surtout de prévenir ce phénomène, plus de 54 expériences ont été menées au sein de l’unique laboratoire en Wallonie spécialisé dans la modélisation physique et numérique en hydraulique. Cette étude est supervisée par le Pr. Benjamin Dewals et le Dr. Sébastien Erpicum de l’Unité de recherche HECE  (Hydraulics in environmental and civil engineering) à l’ULiège.

Leurs observations ont été rassemblées en une base de données récemment mise à la disposition de la communauté scientifique internationale.

Un enjeu mondial

« Les ruptures des digues fluviales figurent comme une problématique mondiale puisque la majorité des cours d’eau dans le monde sont aujourd’hui endigués. Il existe aussi des ouvrages le long des barrages et des mers » précise le Docteur Sébastien Erpicum, chercheur au HECE.

Rupture de digue par surverse ©Université de Stanford

En cas de rupture, les conséquences varient. « Tout dépendra du cours d’eau, du volume d’eau présent et de l’endroit susceptible d’être inondé » nuance le Professeur Michel Pirotton, chercheur au HECE. « Si une brèche se formait, par exemple, sur une des digues du Canal Albert, on pourrait fermer une porte en amont. Il y aurait bien une inondation, mais elle resterait contrôlée et locale. En revanche, si une digue venait à rompre sur un cours d’eau aux Pays-Bas, un grand volume d’eau se déverserait sur des territoires situés en dessous du niveau de la mer jusqu’à stabilisation du niveau de part et d’autre de la brèche. Les pertes matérielles et humaines seraient alors très élevées ».

Afin d’anticiper au mieux les risques et les interventions à réaliser, il est primordial d’étudier les mécanismes à la base des formations de brèches.

En collaboration avec le Laboratoire d’Hydraulique Saint-Venant (Paris), les chercheurs Benjamin Dewals, Sébastien Erpicum, Michel Pirotton et Pierre Archambeau, aidés de plusieurs doctorants et étudiants, ont analysé la manière dont les digues fluviales s’effondrent en cas de surverse latérale : en passant par-dessus l’ouvrage, la force du courant est capable d’éroder les matériaux, lesquels sont emportés et finissent par créer une brèche. Elle est l’une des causes les plus courantes de rupture de digues.

Des inondations aux labos

La recherche s’est reposée sur la modélisation car il est impossible de mesurer in situ le phénomène. « Installer des instruments de surveillance sur les milliers de kilomètres de digues belges n’est pas envisageable », déclare le Dr Erpicum. « Et quand on se rend sur le site par après, on ne peut que constater les dégâts. Nous ignorons alors comment la surverse et la brèche se sont produites » poursuit le Pr Pirotton.

Les ingénieurs ont effectué une cinquantaine d’expériences reproduisant le débordement d’un cours d’eau le long de digues miniatures. « Nous avons étudié diverses configurations géométriques et hydrauliques en faisant varier la hauteur et l’épaisseur de la digue, ou encore le débit et la hauteur d’eau dans la rivière », précise Dr Erpicum.

Afin de mesurer l’évolution des dégâts occasionnés sous l’eau, les scientifiques ont développé une technique innovante de profilométrie laser. Celle-ci a permis de réaliser des reconstructions 3D à haute résolution de la géométrie de la brèche au cours du temps.

Les deux scientifiques soulignent qu’en dehors du système de mesure, la gestion même du modèle réduit est original et unique, vu sa complexité. « L’interaction entre la brèche et l’écoulement est complexe dans le cas des cours d’eau, car même s’il y a une brèche, un flux persistera dans la rivière. Il a fallu par ailleurs drainer la digue pour éviter sa rupture par érosion interne » explique Sébastien Erpicum. « L’eau continuera à s’écouler dans la rivière, tout en ayant la possibilité de s’engouffrer à droite ou à gauche à travers la brèche. L’écoulement devient alors bi- voire tridimensionnel » détaille à son tour Michel Pirotton.

À l’avenir, des risques de surverse plus fréquents

Une fois ces modèles de rupture de digues validés numériquement, les scientifiques s’attelleront à développer à l’avenir un logiciel permettant de prédire le comportement d’ouvrages réels. « L’objectif final reste de développer des outils numériques pour prévenir les risques lors de surverse sur des digues réelles. De façon à anticiper leurs conséquences et, au mieux, les éviter » indiquent les deux ingénieurs.

Il est d’autant plus urgent de s’y intéresser que le risque de surverse va probablement augmenter dans le futur. « La surverse est due à l’augmentation du niveau d’eau dans le cours d’eau, elle-même causée par de fortes précipitations. Et le changement climatique est susceptible de faire augmenter les débits », poursuivent les chercheurs.

Selon les scénarios les plus pessimistes de l’IRM, les hivers seront nettement plus pluvieux © IRM

Selon les scénarios les plus pessimistes de l’IRM, les hivers seront effectivement « nettement plus pluvieux et, en moyenne, aucune ou seulement une légère baisse de pluviosité est prévue en été ». Le SPF environnement  confirme que la Belgique « connaît une augmentation lente mais significative des quantités moyennes annuelles de précipitations. Une augmentation qui suit un profil linéaire de 5 mm par décennie ».

Avec la sécheresse, le sol wallon se tasse

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Le problème n’est pas rare. Durant cet été et en ce début d’automne, de nombreux citoyens ont été confrontés à l’affaissement de leur terrasse. Effondrées dans le sol, étendue de béton et ribambelle de clinkers font pâle figure. Tassement, voilà le nom du phénomène géologique à l’œuvre. Il compte parmi les plus courants des mouvements du sol wallon. Et le changement climatique risque bien de faire flamber son incidence.

Depuis juillet 2016, la sécheresse fait son nid en Wallonie. Cette année, alors que février et mars ont connu une pluviosité supérieure à la moyenne, elle s’est à nouveau emparée du territoire. La canicule de cet été a asséché les argiles, lesquelles se sont contractées. Au contraire, les pluies abondantes espérées durant cet automne devraient les ré-engorger d’eau. Attention, soumis à ces variations extrêmes, le sol bouge.

« Lors des épisodes secs de tassement du sol, particulièrement les sols argileux, puis des épisodes pluvieux qui le font gonfler, nous recevons beaucoup de demandes d’informations pour expliquer les fissurations dans des habitations », explique Daniel Pacyna, responsable de la Direction des Risques Industriels, Géologiques et Miniers du service géologique de Wallonie.

« Les terrasses et les annexes sont régulièrement construites sur des fondations plus légères que celles du volume principal. On observe alors du tassement différentiel : d’un côté, les fondations bien conçues vont très peu se tasser, mais de l’autre coté, le tassement va être de grande ampleur. Si bien que les parties du bâtiment se décollent l’une de l’autre. C’est un grand classique. »

Sécheresse et fortes pluies sont les conditions les plus dangereuses

En cas de sécheresse, les smectites et autres argiles se rétractent. Alors qu’elles perdent de volume, la partie supérieure du sol s’affaisse. Ce mouvement provoque des fissures dans les constructions sises en surface. Une fois la pluie revenue en abondance, les roches se gonflent et les fissures reprennent leur course de plus belle.

Les dégâts sont rarement structurels. Les premiers signaux ? Des carrelages qui se soulèvent et se fendillent, du plâtre et des encoignures de fenêtres qui se fissurent.

Pour les maisons déjà construites, refaire les fondations est impossible. Mais, moyennant des travaux d’un coût élevé, il est possible de les renforcer.

Examen géologique et avis sur permis de bâtir

Quid des bâtiments à construire ? « Avec les changements climatiques en cours, on recommande de ne pas lésiner sur de bons essais de sol pour voir la portance des terrains. S’il est constitué d’argiles particulièrement sensibles, il est crucial de prendre en compte leurs cycles de saturation/désaturation. Et ce, en faisant quelques essais de laboratoire standardisés qui caractérisent le matériau et permettent de savoir de combien une argile peut gonfler. On peut alors adapter les fondations. Par exemple, en réalisant un radier, soit une dalle de béton sur laquelle est installée la maison. » En cas de mouvement de terrain, c’est toute la dalle qui monte ou descend. Adieu fissures.

Le coût ? Comptez de 1500 à 2000 € pour un essai de sol et quelques centaines d’euros pour les tests de laboratoire. « Ce n’est pas excessivement cher et permet d’éviter des travaux ultérieurs… Refaire les plafonnages d’une maison, ça revient vite au coût d’un radier », conseille Daniel Pacyna.

Les dommages sont plus fréquents dans les habitations modernes

Jadis, les constructeurs étaient souvent originaires du coin et connaissaient très bien la qualité des argiles des soubassements. Ils adaptaient les fondations et les bâtiments en fonction. « Relativement peu de maisons anciennes subissent de gros dommages liés au tassement. Les plus fragiles sont les maisons modernes, clés en main, faites ailleurs, construites par des architectes qui ne font pas d’essais de sol ou des essais de sol superficiels et qui pensent, à tort, que la situation observée à un moment donné est représentative de toute l’année, sans accorder d’importance aux variations saisonnières extrêmes », poursuit le responsable de la Direction des Risques Industriels, Géologiques et Miniers.

Les zones les plus à risque sont situées dans le Hainaut, particulièrement dans le nord où des formations argileuses annoncent les Flandres. Mais aussi en région liégeoise avec sa bande de smectite, sur les Hauts-Plateaux vers les Cantons de l’Est et en Ardenne où les roches sont complètement altérées et transformées en argile.